J’ai peur

Je me retrouve devant cet écran blanc, je ne sais pas trop de quoi le remplir, je ne suis pas douée pour les mots, je le sais depuis longtemps, malgré ce blog, qui ne vit quasiment plus. Mais le besoin d’aligner des mots sur le clavier se fait sentir malgré tout. Parce que ce matin j’ai lu le témoignage lumineux d’Ana, qui nous a quittés récemment. Parce qu’hier Véronick, avec laquelle j’avais échangé quelquefois sur Facebook nous a quittés aussi. Toutes deux du cancer du sein. Toutes deux si belles sur leurs photos, avec ou sans cheveux. Je pense à elles et à leurs proches.

En ce moment c’est dur. C’est la dernière ligne droite des gros traitements. Je suis en radiothérapie (rayons X propulsés à l’endroit où se trouvait la tumeur). J’y vais tous les jours, sauf le week-end. Il me reste une dizaine de séances. Après il restera juste les contrôles tous les six mois. Ainsi que l’ablation de mon sein orphelin et la reconstruction plus tard. Puis l’ablation des ovaires, aussi. Bref encore pas mal de chemin à parcourir mais pas avant un an. De quoi souffler un peu avant de reprendre les armes.

Mais les brûlures dues aux rayons me démoralisent complètement. A ce stade j’y vais à reculons. Sans compter deux passages aux urgences depuis une semaine, une grosse infection accompagnée d’une bonne fièvre, une mise sous antibios et heureusement 2 jours de répit avant de reprendre le chemin de l’hôpital demain.

C’est la dernière ligne droite et pourtant j’ai l’impression de vivre le plus dur.
Lorsque j’étais prise dans le tourbillon des chimios et des actes chirurgicaux, l’enchaînement me semblait moins compliqué à endurer.

Là je pense à l’après. De quoi va être fait l’avenir ? Je suis quelqu’un de plutôt pessimiste, j’aimerais le contraire mais c’est comme ça et j’en suis désolée. Alors je me dis qu’avec mes risques dus à cette mutation génétique et la forme triple négative de ce cancer, il faut que je sois préparée aux éventuelles mauvaises nouvelles.

Pourtant la chimiothérapie a donné une excellente réponse. Elle a fait fondre la tumeur complètement. Mais mes deux ganglions atteints n’ont-ils pas propagé la maladie dans mon corps ? Est-ce que j’ai des cellules foireuses dormantes dans mon organisme ?

On nous dit de positiver. « le moral c’est 50% de la guérison ». Je n’y crois absolument pas. Les affirmations et les citations de ce genre ont tendance à me faire soupirer.
Mais j’admire les malades qui savent garder la pêche. Moi je me plains en permanence. J’en parle souvent, j’exorcise sans doute.

Malgré tout, j’ai fait de magnifiques rencontres. Des patientes et des anciennes patientes. De belles personnes, généreuses et bienveillantes. Marie m’a accueillie pendant les vacances, m’a soutenue, m’a informée, cette nana est un exemple, et elle croque la vie à pleines dents. Et puis Florence, qui a des yeux d’un bleu incroyable, est aussi une nana d’une gentillesse et d’une douceur incroyable, rencontrée sur un groupe facebook sur le cancer du sein. Valérie aussi, en chimio en ce moment, sous ses turbans super bien noués, est une nana pétillante et bienveillante. Et puis les autres, croisées plus furtivement dans les salles de chimio notamment. Souvenirs de sourires, de regards, d’entraide. Et vous, les amis internautes m’ayant soutenue d’une si belle façon, je vous suis si reconnaissante.

Certes j’ai peur, certes les suites chirurgicales et de radiothérapie me rappellent chaque instant la maladie, mais la vie est là. Alors je vais essayer de la choper au vol.

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Le syndrome du papillon, Maxence Fermine

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Hugo a 17 ans et est interné en hôpital psychiatrique. Il traîne sa peau dans l’établissement, sa vie étant rythmée par les rendez-vous psy, les repas dans la salle commune et la distribution des médicaments. Heureusement il y a le parc qui le sauve un peu de la déprime ambiante. C’est là qu’il va faire la rencontre de Morgane, ado lunaire se disant atteinte du syndrome d’Asperger. Il est immédiatement fasciné par la jeune fille qui traîne dans sa poche une liste des Asperger célèbres et qui passe son temps à écouter de la musique sur un banc en regardant les nuages. Le jour où Morgane disparaît du jour au lendemain, Hugo décide d’aller la retrouver…

Roman d’apprentissage, Le syndrome du papillon est une lecture légère de peu de pages (253) . On y parle ‘adolescence’, chemin qui mène à la vie adulte, difficulté à trouver sa place, pathologies psychiatriques. Une petite parenthèse sympathique sans grand effet littéraire qui plaira davantage à la cible adolescente. La description de Paris donne envie de prendre un aller simple pour la capitale pour y flâner le temps nécessaire et les références culturelles (Van Gogh, Glenn Gould, Tim Burton, etc.) qui émaillent les pages donnent un petit côté croustillant à l’ensemble. Quelques bémols néanmoins : la rencontre avec Albert par exemple (cliché du SDF par excellence) ne m’a pas du tout convaincue et la relation qu’entretient Hugo avec Zach, un autre patient m’a semblé cruelle et trop vite expédiée. Aussi, l’absence de négation dans la voix de Hugo, narrateur, est parfois agaçante. Mais il reste que ce roman est tout de même un roman sensible et doux, qui plaira sans doute aux ados qui se cherchent.
On sait qu’à la fin, Hugo veut devenir écrivain… Un peu de la vie de l’auteur là-dedans ?

Le syndrome du papillon, de Maxence Fermine
Michel Lafon, oct 2016, 253 pages

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Vivre et vaincre le cancer

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J’ai voulu lire ce livre car je suis malheureusement en plein dedans. Après la chimio et l’ablation de mon sein droit j’ai commencé les rayons la semaine dernière. Alors parfois j’ai envie de lire des ouvrages sur le sujet. Celui-ci a une particularité intéressante : les témoignages de patients qu’ont suivi les deux auteurs, chercheurs en sociologie. Dans la plupart des ouvrages traitant du cancer la parole des patients est peu présente. Ici c’est le contraire. Philippe Bataille et Sandrine Bretonnière ont animé des groupes de réflexion rassemblant des patients, et ce sur plusieurs années. On a donc la voix des intéressés en première ligne et je peux dire que je m’y suis pas mal retrouvée. Des émotions variées parcourent les pages. Du choc de l’annonce à la bataille du traitement, des difficultés professionnelles au rapport patients/soignants pas toujours simple, de la relation familiale à la solitude de la maladie, beaucoup d’aspects sont abordés. Et puis guérir du cancer, est-ce possible ? Comment sortir de la maladie lorsqu’on sait que l’épée de Damoclès sera toujours là au dessus de nos crânes aux cheveux qui repoussent ? Comment gérer la voix de l’entourage qui pense souvent qu’une fois sortis des traitements nous sommes guéris ?
Ce qui ressort en tout cas très bien du livre, c’est que la communication (patients/patients, patients/soignants) est  souvent salutaire et qu’il faudrait qu’elle soit encore plus utilisée dans les parcours de soins.
A lire : l’article de Libération.

Quatrième de couverture :
« Parler tout le temps des problèmes physiques ce n’est pas une solution. Faire partie pleinement de la vie sociale, ça c’est important »
Depuis plusieurs années, Philippe Bataille et Sandrine Bretonnière animent des groupes de réflexion rassemblant des personnes atteintes du cancer. Du premier diagnostic à la guérison, chaque étape du parcours de soin apporte son faisceau de questionnements et de relations bouleversées. Comment le cancer modifie-t-il chaque pan du quotidien ? Comment nous rend-il paradoxalement plus forts ? Faisant la part belle aux innovations médicales et au développement des nouvelles structures d’accompagnement, cette enquête vivante et cathartique s’adresse à tous ceux qui sont touchés de près ou de loin par la maladie.

Vivre et vaincre le cancer,
de Philippe Bataille et Sandrine Bretonnière
éditions Autrement, 2016, 247 pages

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Chanson douce, Leila Slimani

chanson-douce_leila-slimaniJe ne connaissais pas la plume de Leila Slimani mais sur les listes du Goncourt et du Renaudot Chanson douce a toutes les chances d’être l’un des titres les plus lus de la rentrée littéraire.
Première phrase : « Le bébé est mort ». En commençant par la fin on entre immédiatement dans l’horreur des faits. La nounou a tué les enfants. Page après page le roman va lentement décortiquer le chemin qui a mené à l’indicible.
Myriam et Paul forment un couple uni. Deux enfants. Un bel appartement parisien. Paul a un bon poste dans le milieu de la musique, Myriam est avocate et aspire à reprendre de travail. C’est la raison pour laquelle ils se lancent à la recherche d’une nounou. Ils trouvent finalement « la perle »: Louise a le profil de la nounou idéale. Elle tisse avec les enfants des liens assez exceptionnels, se montre discrète et n’hésite pas à s’occuper du ménage et de la cuisine en plus de son rôle premier. Comment expliquer alors le drame ?
Dans l’interview ci-dessous Leila Slimani dit s’être inspirée d’un fait divers new-yorkais, ce qui rend le roman bien plus glaçant et réaliste.

Au delà du fait divers, le roman excelle à raconter le monde contemporain. Le temps après lequel on court, l’ambition professionnelle et personnelle, l’argent qu’il faut gagner, et surtout la solitude dont il est question broie les entrailles.
Un roman très « dans l’air du temps » qui m’a néanmoins laissé un goût d’inachevé. La fin brutale m’ayant laissée sur ma faim. Il y avait largement matière à continuer. Dommage.

Chanson douce, de Leila Slimani
Gallimard, sept 2016, 227 pages

Quatrième de couv’ :
Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.
À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c’est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l’amour et de l’éducation, des rapports de domination et d’argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

chanson-douce-leila-slimani-57b573b2b0f33Leïla Slimani, née le 3 octobre 1981 à Rabat au Maroc, d’une mère franco-algérienne et d’un père marocain, est une journaliste et écrivain franco-marocaine. Chanson Douce est son troisième ouvrage. (source Wikipedia)

A lire : le beau billet de Papillon.

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Anna, Niccolo Ammaniti

9782246861645-001-x_0Synopsis :
Sicile, 2020. Un virus mortel, « la Rouge », a déferlé sur l’Europe quatre ans auparavant et décimé la population adulte ; les jeunes, eux, sont protégés jusqu’à l’âge de la puberté. Anna se retrouve seule avec Astor, son petit frère de quatre ans.
Elle doit affronter le monde extérieur avec ses cadavres, ses charognards, ses chiens errants et affamés, l’odeur pestilentielle, pour trouver, quand il en reste, des médicaments, des bougies, des piles, des boîtes de conserve, avec comme unique guide dans cette lutte pour la survie, le cahier d’instructions que lui a légué leur mère avant d’être emportée par la maladie.
Lorsqu’Astor disparaît, Anna part à sa recherche, prête à défier les bandes d’enfants sauvages qui errent à travers les rues désertes, les centres commerciaux et les bois. Mais l’ordre appartient au passé et les règles d’autrefois ont été oubliées. Pour réussir à sauver Astor, Anna va devoir en inventer de nouvelles, parcourant ce monde à l’abandon où la nature a repris ses droits, ne laissant que les vestiges d’une civilisation qui a couru à sa propre perte.
Une véritable odyssée des temps modernes où s’entremêlent lumière et ténèbres, un duel permanent entre la vie et la mort.

Anna raconte l’histoire d’une jeune fille de 13 ans et de son petit frère après qu’un virus mortel ait décimé toute la population adulte. Les enfants survivent jusqu’à la puberté puis attrapent « la Rouge »…
Le début du roman est vraiment très violent, très noir, très glauque. Je crois que je n’ai jamais été confrontée à une violence aussi brute au début d’un ouvrage. De quoi mettre K.O.
Puis le lecteur fait la connaissance d’Anna et de son frère, qui vivent de brics et de brocs dans la demeure dans laquelle ils ont perdu leur mère. Une bicoque protégée de l’extérieur car assez loin de la civilisation, dans les bois. La Sicile est peuplée uniquement d’animaux sauvages et d’enfants en survie. Ils se nourrissent d’aliments sous vide qu’Anna va niccolo-ammanitichercher à la ville. La mort est omniprésente, les bâtiments tombent en ruines, les routes sont encombrées de voitures et de cadavres en décomposition. Mais Anna fait preuve d’une détermination à toute épreuve. La jeune fille a un caractère affirmé et ne se laisse pas malmener par les mauvaises rencontres. Et puis elle a une mission : protéger son frère.
Malheureusement j’ai décroché de l’histoire au moment où l’auteur part, à mon sens, dans un délire complètement abracadabrant, où les enfants se regroupent et forment une espèce de communauté sectaire et violente . Oui, ça pourrait peut-être être réaliste mais je ne vois pas l’intérêt de cette longue partie qui ne mène nulle part et qui m’a profondément ennuyée. J’ai donc terminé l’ouvrage en diagonale sans regrets car cela reste toujours aussi noir et désespéré… Le Figaro a écrit dans sa critique : « Il n’y a rien de désespéré dans Anna, ce beau roman qu’il ne faut surtout pas réduire à son sujet postapocalyptique ». Et bien je ne les suis pas sur ce coup-là. J’aime pourtant les romans post-apocalyptiques mais n’ai pas été sensible à l’intérêt de celui-ci. Du même auteur j’avais adoré Moi et toi que je recommande !

Anna, Niccolo Ammaniti
traduit de l’italien par Myriem Bouzaher
éditions Grasset, 320 pages, sept 2016
source photo auteur : http://www.84charingcross.com

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Dites aux loups que je suis chez moi

dites-aux-loups-que-je-suis-chez-moiAnnées 80 dans la banlieue New-Yorkaise. June a quatorze ans, des parents relativement absents, une grande soeur avec laquelle les relations commencent à se déliter et un oncle qu’elle aime énormément. Au début du roman, ce dernier, atteint du sida, vit ses derniers instants. Lorsqu’il meurt, l’adolescente se sent plus seule que jamais. Au lycée elle n’est pas très populaire, en fan de Moyen-âge, et c’est dans la forêt qu’elle se ressource en marchant. Lorsqu’un homme qui se dit l’ami de son oncle débarque dans sa vie, elle est méfiante. Et puis il se raconte que c’est à cause de lui que Finn est mort.

J’ai ouvert ce roman titillée par les nombreux échos lus sur les réseaux sociaux. Et puis la couv’ jaune du grand format m’a convaincue d’attendre la sortie poche (non mais comment les éditeurs choisissent-ils leurs couvertures, dites ?!). Bref, finalement j’ai avalé ces pages en quelques jours. Roman d’apprentissage, « Dites aux loups que je suis chez moi » évoque plusieurs thèmes, le plus marquant étant la période de début de la découverte du sida, lorsqu’en être atteint était encore plus honteux qu’aujourd’hui, où il valait mieux se taire que de se faire gratifier de personnage déviant. Mais ce roman va plutôt au delà : l’adolescente en personnage central, solitaire et en décalage avec les autres jeunes de son âge va apprendre à se connaître et se révéler petit à petit. C’était avec son oncle qu’elle se sentait vivre et elle va devoir apprendre à faire sans lui, traîner sa douleur et les non-dits qui pèsent sur elle et sa famille.  Ce livre a un je ne sais quoi de nostalgique, l’époque d’abord, et puis cette quête adolescente, sûrement. J’ai beaucoup aimé le caractère des personnages. Finn bien sûr qu’on aimerait toutes avoir pour oncle, mais aussi Toby qui m’a beaucoup émue, personnage un peu paumé. Même la soeur de June a quelque chose de poignant dans son caractère excessif et un peu méchant.
Peut-être un peu long par moments (il ne se passa pas grand chose finalement), j’en garde quand même un bon souvenir de lecture plein de tendresse et de pudeur.

carol-profileC’est le premier roman de Carol Rifka Brunt.
(source photo : http://www.carolrifkabrunt.com)

Quatrième de couv’ :
1987, une banlieue new-yorkaise. Écrasée par une soeur aînée histrionique et des parents absents, June rêve d’art et de son oncle Finn, un peintre new-yorkais reconnu. Quand il meurt du sida, inconsolable, l’adolescente se lie d’amitié avec un homme étrange, Toby, qui se présente comme « l’ami » de Finn. Confrontée au deuil, à la réalité d’une maladie encore honteuse et au malaise de sa famille, June bascule dans le monde des adultes et son hypocrisie. « Roman d’apprentissage bouleversant, chronique des années sida vues par les yeux d’une adolescente, Dites aux loups que je suis chez moi révèle une auteur à la plume sensible et puissante. » Ouest France

Dites aux loups que je suis chez moi (2012)
de Carol Rifka Brunt
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie-Axelle de La Rochefoucauld
éditions 10-18 (Buchet Chastel), 504 pages (juin 2016)

Les avis de : Laurie, Blablamia, Gromovar

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The End of the World Running Club

the-end-of-the-world-running-clubEdgar, la trentaine bien tassée, père de deux enfants et marié à une femme avec laquelle il ne communique plus vraiment est un homme un peu à la dérive – comme tant d’autres âmes en ce monde…

« La vérité, c’est qu’à trente-cinq ans, j’étais en train de m’étrangler moi-même. J’avais l’impression – moi, Edgar Hill, mari, père de deux jeunes enfants, propriétaire de sa maison, Anglais, salarié à plein temps d’une grande entreprise égoïste, dont le nom n’allait pas tarder à être effacé à tout jamais des murs de ses bureaux – d’être le produit d’un environnement malade, d’une civilisation qui avait échoué au-delà de tout remède. Je me demandais même tous les jours comment nous avions réussi à nous en tirer jusque là. C’était une farce, ça ne rimait à rien. Comment aurions-nous pu prendre soin d’une planète, alors que nous n’étions déjà pas capables de prendre soin de nos pays, de nos villes, de nos propres communautés ?
De nos propres familles. De nous-mêmes.
De nos propres corps. De nos propres esprits. »
page 11.

« J’ai déposé Arthur dans la section des nourrissons et je me suis laissé retomber au fond de mon siège, le souffle court. Je l’ai observé. Il a regardé autour de lui pendant un moment, puis il a rampé vers un autre bébé, avec lequel s’est engagée une dispute muette au sujet d’un marteau en plastique. Une petite fille s’est mise à hurler, quand un enfant au visage écarlate, son frère ou sa soeur, l’a fait tomber tête la première du pouf où elle était assise. Partout où mes yeux se posaient, un conflit se déroulait, des bébés en désaccord qui s’efforçaient d’imposer leurs frontières, des petites âmes qui se percutaient de plein fouet. Tout ce vacarme et ces cris, la vie qui commençait comme elle allait se poursuivre – une lutte. Tentant de ravaler ma propre bile, j’ai observé la scène en me posant la question que tout homme pourrait se poser à n’importe quel moment de sa vie : bon Dieu, mais comment ai-je fait pour me retrouver là ? »
page 10.

Alors le jour où ce qui ressemble à la fin du monde arrive… :

La vérité, c’est que j’étais fatigué de tout ça. J’étais fatigué du vacarme et des vociférations d’un monde qui avait de moins en moins de sens et d’une vie qui m’avait mené exactement là où elle l’avait voulu. La vérité, c’est que la fin du monde, du moins pour moi, est venue comme un soulagement.
page 13.

Autant vous dire que j’ai été ferrée dès les premières pages… Le style d’Adrian J Walker me faisant penser d’autant plus à celui de Stephen King dans ses anciens romans.
Le caractère du personnage principal m’a beaucoup parlé, je me suis retrouvée dans son scepticisme, dans un monde qui ne tourne pas vraiment rond.
Edgar va se retrouver à courir au sens propre dans un monde complètement démantibulé. Il va lui falloir puiser des ressources insoupçonnées pour survivre, manger, dormir et surtout retrouver sa famille. Rencontres plus ou moins aidantes, il tombera sur quelques communautés en train de se construire… , ou sur des âmes solitaires en proie à la survie.

Grand plaisir de lecture, donc. Grand roman post-apocalyptique, même si peut-être un peu long sur la fin, réflexion sur notre société ultra-consumérite, aventure humaine, premier roman de l’auteur traduit en français, dont j’attends de pied ferme une prochaine traduction.

« On pense souvent que le langage nous relie, nous rapproche, mais je me demande parfois si nous ne sommes pas en fait fort éloignés les uns des autres. Nous pouvons émettre un million d’hypothèses sur le simple geste de la main d’un vieil homme, et la plupart seront certainement incorrectes. Tout ce que nous avons, c’est notre propre fenêtre, faussée, sur le monde. Nous sommes comme des ermites vivant dans les greniers de grandes maisons, sur des collines solitaires, et nous nous observons les uns les autres à travers des télescopes défectueux. »
page 369

The End of the World Running Club,
De Adrian J Walker
traduit de l’anglais (Australie/Angleterre) par David Fauquemberg
Editions Hugo & Cie
Collection Hugo Thriller
558 pages

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