E=MC², mon amour – Patrick Cauvin

Résumé :
 » Lui un peu voyou, elle un peu bêcheuse, ces deux bambins qui totalisent moins de vingt-trois printemps vont se rencontrer, se flairer, se reconnaître et vivre dans l’incompréhension générale ce qu’il est légitime d’appeler un grand amour. J’aime dans le roman de Patrick Cauvin -outre toutes les qualités de fraîcheur, de légèreté, d’invention qu’il faut pour faire l’enfant sans faire la bête- j’aime ce qu’il dit sans avoir l’air d’y toucher et qui va beaucoup plus loin que son joli récit.  » François Nourissier.

 

E=MC², mon amour – Patrick Cauvin

Ce que j’en ai pensé :

Pendant la lecture de ce livre, ma curiosité s’en fût titillée. En effet, je me suis demandée pourquoi Patrick Cauvin nous livre une histoire d’enfants surdoués. L’a-t-il été lui-même ? A-t-il eu dans son entourage des enfants qui l’étaient ? Mes recherches en sont au point mort, je n’ai encore rien trouvé à ce sujet. C’est l’un des thèmes prédominant de ce tout petit roman qui a connu un succès fulgurant dès sa parution en 1977 et qui me paraît aujourd’hui, en 2010, intemporel. S’y trouvent également la passion des amours adolescentes et le regard plein de désillusions des enfants envers le monde adulte.  Et quand on conjugue les trois à la fois, on obtient Lauren et Daniel, deux préados de presque douze ans qui sont des personnages aussi attendrissants que détestables.

Lui, vient de la classe populaire. Elle, est une jeune fille de la haute, comme on dit. Lui, a un langage parfois fleuri. Elle, s’entraîne à faire des vers raciniens. Lui, rêve des actrices de cinéma américain. Elle, rêve de rencontrer un homme, un vrai. Tous deux vivent dans une famille dans laquelle ils se sentent incompris. Au collège, ils s’ennuient en récoltant les meilleures notes en faisant exprès de paraître moins doués qu’ils ne le sont, pour éviter d’être rejetés par les autres. Et ils rêvent tous deux de rencontrer leur âme sœur. Le destin va bien évidemment les y aider.

Surdoués, mais aussi détestables. Ils font preuve d’un mépris certain pour tout le reste du monde (rien que ça). On rencontre, à ce sujet, des descriptions particulièrement savoureuses des adultes. Je pense notamment à la mère de Lauren, riche écervelée plus portée sur sa sublime apparence que par la nourriture de l’esprit. Ou encore au père de Daniel, français (très) moyen, empreint à critiquer le gouvernement dès que la situation s’y prête, les fesses bien collées à son fauteuil devant la télévision. J’ai beaucoup apprécié aussi le personnage de l’animateur radio, qui, après avoir dit 3 phrases à l’antenne, s’affale dans son fauteuil, épuisé, vanné par tant d’effort. Il y a aussi les camarades de nos deux ados… des amis utiles mais pas très fut-fut…

Tous ces personnages, comme le disent nos deux protagonistes, ont le cerveau qui colle. Aucun ne brille par son esprit. Mais malgré leur intelligence hors du commun, Lauren et Daniel restent des enfants, et c’est avec un plaisir certain que j’ai partagé leur vision du monde en me remémorant la mienne au même âge.

L’auteur se sert de ces deux surdoués pour faire passer quelques messages, parfois politiques, parfois sur le genre humain. Du coup, ça passe plus facilement, de manière plus subtile.

On ne peut pas parler de ce roman sans parler de l’humour qui y règne à chaque page. Un vrai plaisir. Un bon morceau de notre gâteau préféré. On le déguste, on le dévore, on le savoure. C’est souvent très drôle, à la limite de la loufoquerie.

Au niveau du style, on alterne chapitre après chapitre, la vision de Lauren, puis celle de Daniel. Un vrai coup de maître qui fait que le roman ne s’essouffle aucunement et qui permet de se plonger totalement dans l’esprit de chacun. Tantôt un langage familier, tantôt un langage soutenu, mais toujours des phrases recherchées et sans lourdeurs.

Patrick Cauvin a su également attiser l’appétit du lecteur à chaque début de chapitre. En effet, le premier paragraphe nous plante un décor qui creuse notre curiosité. Et le train est en marche, la locomotive ne s’arrête plus. La formule fonctionne à merveille. Aucun temps morts donc dans les petites tranches de vie de nos deux héros.

On passe rapidement sur l’aspect peu crédible de l’histoire. C’est comme un joli conte, et les contes n’ont pas besoin d’être crédibles pour dire les choses. Et pour reprendre ce que dit François Nourissier sur la quatrième de couverture, « j’aime ce qu’il dit sans avoir l’air d’y toucher et qui va beaucoup plus loin que son joli récit. ».

J’ai voulu citer quelques morçeaux choisis, mais c’est impossible. Il y en a trop. Des petits passages qu’on a envie de garder en mémoire, ce livre en est rempli…

Merci à Livraddict et au Livre de Poche de m’avoir permis de découvrir ce petit roman, qui ne serait peut-être jamais tombé entre mes mains autrement. C’est avec plaisir que je me pencherai sur la suite, Pythagore, je t’adore, publié au Livre de Poche en 2001 et sur ses autres titres.

Ce roman a fait l’objet d’une adaptation cinématographique en 1979, sous le titre I love you, je t’aime. Je ne sais pas si d’autres films ont vu le jour.

Je me plais à penser, qu’en écrivant cet article, je rends un petit hommage à cet auteur parti trop tôt, ce mois d’Août 2010.

Si on va sur Wikipédia sur la page consacrée à l’auteur, on trouvera ceci :
« Son père, cheminot, fait de lui « un intoxiqué de l’écran », en l’emmenant très tôt voir une multitude de films américains. Humphrey Bogart incarne alors, à ses yeux, l’image emblématique du cinéma. »
On comprend donc pourquoi Daniel porte une véritable admiration envers le cinéma américain, notamment pour les acteurs Humphrey Bogart et Robert Redford. 😉

Les autres oeuvres de Patrick Cauvin :

(Source : Wikipedia)

* 1971 : Les Innommables, sous le nom de Claude Klotz
* 1977 : E=mc2 mon amour, Le Livre de poche
* 1982 : Nous allions vers les beaux jours, Le Livre de poche
* 1982 : Monsieur papa, Le Livre de poche
* 1982 : L’amour aveugle, Le Livre de poche
* 1983 : Pourquoi pas nous ?, Le Livre de poche
* 1983 : Huit jours en été, Le Livre de poche
* 1984 : C’était le Pérou, Le Livre de poche
* 1985 : Dans les bras du vent, Le Livre de poche
* 1986 : Laura Brams, Le Livre de poche
* 1987 : C’était le pérou Tome II, Le Livre de poche
* 1987 : Haute-Pierre, Le Livre de poche
* 1988 : Povchéri, Le Livre de poche
* 1990 : Werther, ce soir…, Le Livre de poche
* 1992 : Rue des bons-enfants, Le Livre de poche
* 1992 : Kobar, Albin Michel
* 1993 : Belles galères, Le Livre de poche
* 1995 : Menteur, Le Livre de poche
* 1996 : Tout ce que Joseph écrivit cette année là, Le Livre de poche
* 1997 : Villa Vanille, Le Livre de poche
* 1999 : Théâtre dans la nuit, Le Livre de poche
* 1998 : Présidente, Le Livre de poche
* 2001 : Pythagore, je t’adore, Le Livre de poche
* 2002 : Torrentera, Le Livre de poche
* 2004 : Le sang des roses, Le Livre de poche
* 2004 : Le silence de Clara, Albin Michel
* 2005 : Jardin fatal, Le Livre de poche
* 2005 : La reine du monde, Le Livre de poche
* 2007 : Belange, Le Livre de poche
* 2007 : Venge-moi !, Le Livre de poche
* 2008 : Les pantoufles du samouraï, Le Livre de poche
* 2008 : La maison de l’été, éditions NiL
* 2009 : Déclic, Plon
* 2010 : Une seconde chance, Plon

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18 réponses à E=MC², mon amour – Patrick Cauvin

  1. Cacahuète dit :

    J’ai lu ce livre il y a une 20ène d’années, j’avais adoré, un véritable coup de coeur…..
    Je l’ai relu il y un ou deux ans….. une énorme déception je n’ai pas du tout mais alors pas du tout aimé !
    Je ne sais donc que dire…. je garde mon avis en suspend !…… 😉

  2. Ping : Twitted by MamzelleMelo

  3. Liyah dit :

    Malgré l’immense sucés de ce livre je ne l’ai toujours pas lu mais il me tente bien tout de même ! Et j’ai bien envie de découvrir cet auteur !

  4. herisson08 dit :

    moi j’ai adoré…. quand j’étais au collège 🙂

  5. Valérie dit :

    Je n’ai lu de lui que le très décevant Une Seconde Chance.

  6. Melo dit :

    @ Cacahuète : ca fait souvent cet effet-là quand on a d’excellents souvenirs d’un livre et qu’on tente de le relire.
    Et comme je le souligne, les deux héros sont autant détestables qu’attendrissants.

    @ Liyah : A ce que j’ai lu, ses oeuvres sont assez inégales. Donc mieux vaut commencer par une valeur sûre.

    @ Herisson : Oui, je pense que ca doit bien plaire aux ados !

    @ Valérie : Moi, j’ai lu Le silence de Clara et je ne sais même plus si je l’ai fini. Je me souviens que je n’avais pas vraiment aimé mais sinon c’est le trou noir !

  7. mango dit :

    A la première lecture, je l’avais bien aimé ce livre, puis les derniers livres lus de l’auteur m’ont beaucoup déplu. Enfin, après le décès de l’auteur, j’ ai racheté celui-ci, pour voir si je l’aimerais encore mais je l’avais oublié sous une pile d’autres volumes! Tu me l’as fait ressortir de là. Je vais voir!

  8. Melo dit :

    Ravie donc d’avoir été la piqure de rappel 😉
    Je lirai ton avis avec intérêt.
    Merci de ton passage. 🙂

  9. Véro dit :

    C’est curieux car je suis presque certaine de l’avoir lu mais je ne m’en souviens pas …

  10. Melo dit :

    @ Véro : Il est sorti il y a pas mal de temps aussi !

  11. DF dit :

    Un bon souvenir. A noter qu’il existe une suite, sous le titre « Pythagore je t’adore »… avec les mêmes personnages.

  12. Melo dit :

    @ DF : Oui, je savais pour la suite mais je crois que les avis sont moins bons. Du coup, j’hésite car je préfère rester sur une bonne impression 🙂 mais pourquoi pas !

  13. Mélodie dit :

    J’ai lu ce livre quand j’étais plus jeune et j’étais complétement tombée sous son charme…
    Il faut absolument que je me le rachète !!!

  14. Melisende dit :

    Mais je le trouve très bien ce billet (comme tous les autres d’ailleurs !), tu fais très bien passer tes émotions, c’est vivant. 🙂

    Je comprends parfaitement ton avis sur e=mc² et objectivement, je suis parfaitement en accord avec ce que tu dis ; je crois que je suis passée à côté. Peut-être qu’il n’était pas fait pour moi ou que ce n’était pas le bon moment. Dommage ! Mais j’avoue que j’ai pas trop de chance avec mes lectures en ce moment, je dois pas être dans une très bonne phase… ^^

    • Melo dit :

      merci c’est gentil ça 🙂
      Parfois je n’ai pas de chances non plus avec mes lectures, et puis on n’a pas toujours le bon état d’esprit pour tel ou tel titre 😉

  15. Bealapoizon dit :

    C’était un de mes livres préférés quand j’étais pré-ado justement de l’âge de Laurent et Daniel mais ta critique me donne envie de le relire avec mes yeux d’adultes.
    Par contre, j’apprends à l’instant la disparition d’un auteur que j’aime beaucoup… soupir…
    Dernier article de Bealapoizon : Lundi philosophie : Avons-nous trop de doigts ?

  16. Claire dit :

    Bonjour Mélo,
    Je n’ai pas lu ce livre, mais « Nous allions vers les beaux jours » et d’autres livres dont j’ai oublié le titre… Je conseille le livre que je viens de citer. Très difficile à lire sur le plan émotionnel, car l’histoire se passe dans les années 1940. Mais j’avais beaucoup aimé. Même si ce livre est une fiction, j’ai appris des choses que je ne savais pas et qui se sont réellement passées. Je te laisse découvrir, à moins que ce ne soit déjà fait!
    Dernier article de Claire : Fin d’une expérience douloureuse

    • Melo dit :

      Non je ne connais pas du tout mais si je relis Patrick Cauvin, je me pencherais sur ce titre. merci Claire, bises !

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