La ballade de Lila K, de Blandine Le Callet

Présentation de l’éditeur :
La ballade de Lila K, c’est d’abord une voix : celle d’une jeune femme sensible et caustique, fragile et volontaire, qui raconte son histoire depuis le jour où des hommes en noir l’ont brutalement arrachée à sa mère, et conduite dans un Centre, mi-pensionnat mi-prison, où on l’a prise en charge.

Surdouée, asociale, polytraumatisée, Lila a tout oublié de sa vie antérieure. Elle n’a qu’une obsession : retrouver sa mère, et sa mémoire perdue.
Commence alors pour elle un chaotique apprentissage, au sein d’un univers étrangement décalé, où la sécurité semble désormais totalement assurée, mais où les livres n’ont plus droit de cité.
Au cours d’une enquête qui la mènera en marge de la légalité, Lila découvrira peu à peu son passé, et apprendra enfin ce qu’est devenue sa mère. Sa trajectoire croisera celle de nombreux personnages, parmi lesquels un maître érudit et provocateur, un éducateur aussi conventionnel que dévoué, une violoncelliste neurasthénique en mal d’enfant, une concierge vipérine, un jeune homme défiguré, un mystérieux bibliophile, un chat multicolore… Roman d’initiation où le suspense se mêle à une troublante histoire d’amour, La ballade de Lila K est aussi un livre qui s’interroge sur les évolutions et possibles dérives de notre société.

La ballade de Lila K, de Blandine Le Callet
Editions Stock – 2010 – 394 pages (littérature française)

Ce que j’en ai pensé :

Je n’ai pas lu Une pièce montée du même auteur, parce que celui-ci ne m’a jamais attiré, mais j’ai tout de suite été interpellée par la quatrième de couverture de La ballade de Lila K parce que j’aime les romans à « l’univers étrangement décalé », « d’initiation » ou qui dénoncent les « possibles dérives de notre société ». Et je peux dire que Blandine Le Callet y est allée fort.
La petite Lila est enlevée à sa mère et se retrouve au Centre dans lequel elle va vivre jusqu’à sa majorité. Traumatisée par cet environnement cerné de règles, sans sa mère, elle refuse le contact, la nourriture, et se plaît à se recroqueviller dans le noir sous son lit. Mais Mr Hoffman qui fait partie du personnel, anticonformiste et bon vivant, va réussir à établir une relation privilégiée avec l’enfant. S’ensuit alors l’initiation de Lila à la société (effrayante) et à la confrontation avec autrui.

Ce récit, qui a pour thèmes principaux la différence, le rejet et la conformité m’a troublée à de nombreuses reprises. La société décrite est carrément effrayante avec ses règles, son ultra-sécurité ou sa délation. Impossible de ne pas faire un parallèle avec la nôtre, même si celle du roman va loin dans la fiction.
Heureusement, Lila qui nous raconte son histoire (le roman est à la première personne) est pleine de ressources et fait preuve d’une détermination sans failles. Avec son cynisme, elle ne perd pas de vue son but : retrouver sa mère et comprendre son histoire.
Certains passages m’ont limite mise mal à l’aise, notamment celui où l’on découvre la nourriture pour chats…  L’auteure n’y est pas allée avec le dos de la cuillère !
Les personnages mis en scène ont tous quelque chose de particulier, d’émouvant, de touchant, malgré la société dans laquelle ils se doivent d’évoluer.

Bref, une bonne découverte malgré l’atmosphère noire, qui pousse à la réflexion, troublant, mais qui interpelle forcément !

Quelque extraits :

« J’ai pioché au hasard un des livres sur le dessus de la caisse, et feuilleté quelques pages. J’allais le refermer, lorsque j’ai vu l’encart au verso de la couverture : le papier imprimé peut contenir des substances toxiques et des micro-organismes susceptibles de déclencher chez les sujets fragiles de graves allergies, entraînant lésions cutanées et difficultés respiratoire. Il doit être manié avec précaution. Il doit être tenu hors de portée des enfants. »

« Je me moquais un peu du contenu des livres. Ce que je recherchais surtout, c’est le pouvoir qu’ils m’accordaient. j’arrivais grâce à eux à m’abstraire à la vie. »

« -Regarde-moi, Lila. Regarde bien mes yeux.

J’ai fait ce qu’il demandait. Face à face, j’ai fixé ses yeux gris. Vous ne pouvez pas savoir la tristesse qu’il y avait là-dedans. malgré ses discours et ses airs bravaches, il avait du chagrin, lui aussi. Autant que moi. Seulement, il le concentrait dans ses yeux.

-Est-ce que tu m’as bien compris ?

J’ai fait oui de la tête. Alors, il a souri. »

« J’ai hoché la tête en m’efforçant de conserver un air bienveillant, tandis qu’en moi pointait un inexplicable dégoût. […] Elle semblait si prospère, si comblée, si loin de moi. J’ai soudain pris conscience que je l’aimais moins, maintenant qu’elle était heureuse, et la honte que m’a procurée cette mauvaise pensée m’a rendue plus triste encore, et plus seule. »

« Moi aussi, certains jours, j’aimerais que tout s’arrête : l’analyse de mes urines chaque matin au réveil, le passage au scanner chaque fois que je pénètre un bâtiment public, le contrôle de mes achats, les conseils des nutritionnistes, la convocation pour mes premières injections dans le visage, l’émetteur que Fernand me presse de faire implanter derrière mon sternum, et cette caméra qui tourne en permanence derrière le grand miroir. »

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14 réponses à La ballade de Lila K, de Blandine Le Callet

  1. J’ai beaucoup aimé ce livre, il fait partie de ceux que je relirai certainement

  2. clara dit :

    J’ai adoré ! Comme toi j’avais lu une pièce montée et je trouve que le virage effectué avec ce livre est totalement réussi !

  3. Valerie dit :

    Si je n’avais pas tant de livres dans ma Pal, je l’aurais déjà lu celui-là!

  4. keisha dit :

    Une réussite, l’auteur se renouvelle totalement!

  5. Véro dit :

    Je ne saisis pas trop : ça se passe dans un univers plus ou moins futuriste ?En tout cas, il m’intrigue…

  6. Melo dit :

    @ Sandrine : Je ne pense pas que je le relirai mais j’ai quand même beaucoup aimé. L’atmosphère est quand même bien sombre, tu ne trouves pas ?

    @ Clara : Oui j’avais lu ton billet et tu m’avais rappelé que je voulais le lire. Par contre, je n’ai pas lu Une pièce montée car il ne m’attire pas.

    @ Valérie : Arf, cette PAL !! :/

    @ Keisha : c’est le premiier titre que je lis de Blandine Le Callet mais c’est une bonne pioche !

    @ Véro : Oui, ca se passe dans les années 2100 mais ce n’est pas précisé au début (bien qu’on le devine).

  7. lasardine dit :

    j’ai hâte de lire cette ballade!!

  8. Melo dit :

    @ Lasardine : En plus je pense qu’elle vaut le coup d’être lue !!

  9. Aifelle dit :

    Je n’ai pas voulu donner trop d’indications dans mon billet, mais la thématique forte du livre est aussi la maltraitance et là, il n’y a pas grand chose qui peut m’étonner. La manière de réagir de Lila est bien celle des enfants traumatisés qui se raccrochent au seul monde qu’ils ont connu.

    • Melo dit :

      Je ne pense non plus avoir donné trop d’indications dans mon billet mais je suis d’accord avec toi concernant les enfants traumatisés…

  10. pyrausta dit :

    je viens d’en finir la lecture et de mettre ma chronique sur mon blog..
    j’ai vraiment adoré ce livre à l’univers decale mais pas du tout helas impossible..certaines techonologies existent deja et poussees à l’extreme,dans un pays totalitaire….
    tu as ete surprise par cette delectation de Lila pour la nourriture pour chat…rappelle toi la petite madeleine de Proust…C’est la seule nourriture qui la rattache à sa maman,la rassure,la replonge dans un passe qui malgre sa violence etait empli d’amour…car elle est persuadee avoir ete aimee par sa maman d’où cette recherche frenetique.donc oui à priori ça peut etre surprenant voire degoutant mais c’etait ce que lui donnait sa maman à manger…

  11. Melo dit :

    @ Pyrausta : Bienvenue ici.
    Je n’ai jamais lu Proust Mais chez Proust, on ne parle pas de nourriture pour chats mais de madeleines, pas tout à fait la même chose.

  12. Bénédicte dit :

    J’ai bien aimé ce roman futuriste. Quelle vie pour Lila qui après le placard où l’a placé sa mère est contrainte de vivre dans un centre quasi carcéral et dans un hopital psychiatrique.une lecture que je ne regrette pas

  13. Melo dit :

    @ Bénédicte : moi non plus mais une lecture qui fait froid dans le dos quand même.

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