Je vous emmène au bout de la ligne, Rodolphe Macia & Sophie Adriansen

Je vous emmène au bout de la ligne
Tribulations et secrets d’un conducteur de métro
de Rodolphe Macia & Sophie Adriansen
Max Milo Editions, nov 2010
183 pages
http://www.auboutdelaligne.fr/

J’ai été plusieurs années une usagère quotidienne du métro parisien. Et j’ai toujours détesté ça …! Mais en même temps, je voue une sorte de fascination lointaine pour cet univers très particulier. Tous ces gens différents, toute cette foule pressée qui, dirait-on, marche en un même pas, ces figures singulières aussi qu’on rencontre parfois souvent, ces comportements pas banals, ces tenues extravagantes, ou inversement ces gens qui se fondent dans le décor, ces talons qui claquent… Des tas de visages et des tas d’histoires.
Je détestais ça pour des tas de raisons :

La foule compacte aux heures de pointes, attendant en un bloc massif le satané métro qui n’arrive pas. Ils ont en général une mine excédée et soupirent d’agacement. Ils vont ou rentrent du travail, sont stressés, énervés, préoccupés, on ne peut pas leur en vouloir – je fais d’ailleurs partie du lot – mais quel supplice ça a été d’avoir pour décor soir et matin la même foule envahissante et remuante. Vous me direz que c’est le lot de la majorité d’entre nous… Mais quel confort que celui de ma petite voiture !
– Le manque de courtoisie des usagers qui veulent monter dans les rames au péril de leur vie au détriment de ceux qui sortent et se trouvent sur leur chemin. Limite si certains ne te piétineraient pas. Ils te toisent d’un regard impassible et attendent que tu te sortes du labyrinthe qu’ils forment sans même faire un pas pour te laisser passer. En général même, ils avancent petit à petit resserrant encore plus le passage. Monter dans cette rame-là et pas une autre, c’est vital, tant pis pour ceux qui descendent.
Les bousculades : Dans les couloirs, la plupart des gens marchent droit devant eux sans même faire attention alentour. Ca donne de violents coups d’épaules quand deux de ces quidams se rencontrent. En général, il faut slalomer entre ces silhouettes qui ne se décaleront jamais pour laisser un peu de place à la chose insignifiante qui arrive face à eux.
– Autre chose qui m’a vraiment toujours posé question : Beaucoup de gens (oui, j’insiste sur le « beaucoup », c’est du vécu et peut-être en faites-vous partie !) attendent le métro à l’extrême bord du quai. Pourquoi ? Oui, pourquoi ? Qui a une réponse ? Personnellement, j’en suis venue à la conclusion toute bête qu’ils ont tellement confiance en eux qu’ils pensent que rien ne peut leur arriver. Ou alors c’est un signe d’orgueil : genre ils font des concours muets avec les autres : c’est à celui qui tiendra le plus longtemps sur le bord… Même quand le métro arrive – hyper vite parfois – ils se décalent à peine et leurs cheveux sont aspirés par le « wouuuuufff » du train.
– Et puis dans les rames, il y a aussi les regards : parfois scrutateurs, parfois juste des coups d’oeils furtifs, curieux, ou ceux qui sont baissés et évitent d’en rencontrer d’autres, une gêne s’installe, chacun préférerait être ailleurs et se terre dans sa petite bulle d’oxygène. C’est… inconfortable mais néanmoins humain.
Il y a aussi les regards de mépris ou de moquerie vis à vis des SDF. Ces gens qui se croient importants et tellement au-dessus de la misère. Ou ceux qui se sentent obligés d’échanger des ricanements avec leur copains.
Parfois cependant, il y a des regards complices échangés entre deux inconnus, ou d’autres qui réchauffent le coeur, des sourires aussi, ou quelques mots. Des gens prévenants et attentifs. C’est un petit rayon de soleil.

Et puis il y a le bruit, l’indifférence générale, les tronches de trois pieds de long, le soleil qui n’est pas là, l’empressement, la vitesse, les escalators en panne, les barrières qui se coincent, l’entassement quand les rames sont bondées et donc le contact inévitable, les uns serrés contre les autres. Et puis l’odeur de bouches d’égouts qui court dans tous les couloirs. Et puis, et puis…
Il y a de quoi se sentir avalé par le mouvement, on se surprend à adopter le même comportement que les autres, on accélère le pas, on regarde droit devant, on a hâte d’arriver à bon port.
Je ne prends le métro qu’occasionnellement désormais, mais je me rends compte en écrivant cet article, que tous les bruits, l’ambiance et l’agitation me reviennent très nettement. Comme si le métro était ancré en moi.

Je constate que Je vous emmène au bout de la ligne me fait bavarder. J’avais sans doute besoin de donner mon sentiment d’usagère. Rodolphe Macia, lui, nous donne celui de conducteur. Il travaille sur la ligne 2 (que j’ai sans doute déjà prise mais plus rarement) et il nous livre des anecdotes qui ont ponctué de longues années de carrière. L’univers m’est fatalement tout à fait familier et j’ai trouvé intéressant et amusant de lire l’autre côté du décor. J’ai aimé  lire les personnages qu’il a croisés et qu’il décrit, les secrets qu’il nous livre sur sa carrière. J’ai été frappée par le chapitre « Villiers » poignant au début et très surprenant ensuite…
Et les rassemblements lors des matchs de foot ! (notamment en 98) Ca doit avoir un côté surréaliste…  J’ai ri lors de sa mésaventure à la station fermée de Mélilmontant… 🙂
Et je suis plutôt rassurée de voir que finalement, tout est vraiment très strict dans le métro au niveau de la sécurité.

Le récit est également parsemé d’informations : j’ai appris par exemple qu’il faisait généralement entre 27 et 34° dans le métro… En effet, je me souviens comme c’était désagréable l’hiver, d’être emmitouflée jusqu’au cou et de crever de chaud… 🙂 . Et que par conséquent, des grillons ont élu domicile dans les souterrains ! Et que la ligue de protection des grillons du métro parisien existe ! Ou que Didier Wampas travaille à la RATP en tant qu’électricien.
J’ai parfois moins adhéré aux informations sur les horaires ou les syndicats, chiffres à l’appui ainsi qu’à la façon d’englober les voyageurs dans le « vous ». Je me sentais trop prise à parti.

Mais globalement j’ai vraiment pris plaisir à parcourir ces pages « familières », si je puis dire.

Merci à Sophie (co-auteur) d’avoir fait voyager son livre jusqu’à moi !

Et vous, votre sentiment sur le métro ou ce que vous en imaginez ?

Elles l’ont lu aussi : Littérature et Chocolat, LilibaLeiloona, Delphine, George, …

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16 réponses à Je vous emmène au bout de la ligne, Rodolphe Macia & Sophie Adriansen

  1. Sophie dit :

    Merci beaucoup Mélo pour ce billet !
    Je suis ravie de voir que ce « voyage » a réveillé des souvenirs et des réflexions sur le métro et ses usagers…

    • Melo dit :

      Oui, j’ai pas mal divagué… Il faut dire que le métro reste un souvenir (et pas que d’ailleurs car je le prends encore) très vif. J’avais sans doute besoin de m’exprimer. J’ai été ravie de le lire, en tout cas. Merci à toi !

  2. Tiphanie dit :

    J’ai bien aimé toutes ces anecdotes, maintenant quand je prend le métro je fais plus attention aux gens qui m’entourent.

  3. Sita dit :

    Un très beau billet qui a beau te faire bavarder, mais dans lequel je me retrouve tout à fait ! Je note le titre, il faudra que je le lise un de ces quatre 🙂

  4. Nodrey dit :

    Tiens je me retrouve tout à fait moi qui le prend presque tous les gens. très bel article que tu nous a fait là . Tiens d’ailleurs j’ai été coincée 1h30 ce soir entre deux stations de rer entre châtelet et gare de lyon…

  5. Mango dit :

    Je l’ai pris si longtemps chaque jour. J’en garde de très bons souvenirs de fous-rires entre amis mais je n’aimerais plus devoir le reprendre désormais.

  6. herisson08 dit :

    Je l’ai pris souvent mais jamais pour travailler. C’est à Toulouse que je l’ai beaucoup pris et là c’est un univers un peu différent… mais j’ai hâte de lire ce livre. Je suis sur la chaîne!

  7. liliba dit :

    Mêmes impressions que toi sur le métro. Et il y a aussi l’odeur, abominable, qui te colle à la peau… QUand je suis arrivée à Paris, j’avais envie de prendre des douches tout le temps, je me sentais sale, mais sale… et puis on s’y fait… malheureusement…

  8. Ah, que de souvenirs resurgissent lors de cette lecture! 😉

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