L’enfant nucléaire – Daph Nobody

Présentation de l’éditeur :

Quelque part aux USA…
Jiminy a un don : un estomac capable de dissoudre tout ce qui n’est pas comestible. Absolument tout..
Toujours aux USA…
Un complot politique se trame dans le plus grand secret, autour d’un convoi de déchets nucléaires…

 

L’enfant nucléaire de Daph Nobody
mars 2012
Editions Sarbacane – Collection EXPRIM’
441 pages
Le blog de l’auteur

 

Voilà un roman assurément engagé… Si vous aimez les histoires adolescentes bien mièvres et les triangles amoureux qui mettent en scène une belle jeune fille innocente entourée de deux mâles irrésistibles et charismatiques dont les dents brillent de blancheur, vous risquez d’être déçus… Parce qu’ici le mâle en présence a des dents noircies par l’acidité extrême de son estomac, est posé en marge de la société de par sa différence, se plaît à être entouré d’une meute de chiens sauvages dans une déchetterie et se nourrit au choix de gants de toilette, d’encre de chine, d’essence, et même de déchets en décomposition.
Loin d’un roman conventionnel et lisse, ouvrir ce livre c’est s’en prendre plein la tête.
D’abord, il y a le thème de la différence qui nous happe. On découvre d’abord Jiminy enfant et on comprend aisément son inévitable et cruelle mise à l’écart. Forcément, quelqu’un qui mange tout, ça impressionne, c’est déconcertant mais aussi inquiétant. Et même, c’est tellement unique qu’on évite de s’approcher de cette chose pas tout à fait humaine, qu’on la pointe du doigt, et puis il arrive qu’on essaie d’en tirer quelque bénéfice…
Puis en parallèle à l’histoire de Jiminy se dresse le schéma peu reluisant de la politique véreuse et assoiffée de pouvoir, de l’ultra capitalisme, des backchichs…
A travers cette histoire terriblement sombre, Daph Nobody dépeint les travers de la société. Les traits sont grossis à l’extrême autant du côté de Jiminy que du côté du gouvernement, et on grince des dents parce que même romancé et démesuré on (re)prend conscience que le monde, parfois, ne tourne pas très rond…  L’auteur avoue d’ailleurs qu’il s’est inspiré de figures politiques actuelles (ou récentes) : Bush junior ou encore Obama
Et puis bien sûr, on se questionne aussi au sujet des déchets nucléaires (mais pas que).

C’est donc un livre qui ne prend pas les jeunes pour des truffes et qui a le mérite de soulever des problématiques intelligentes et percutantes (loin du mâle aux yeux magnétiques et aux abdos en béton) tout ça avec du suspense, des émotions et des personnages terriblement (et pathétiquement) humains… Mais attention, Sarbacane place ce roman à partir de 15 ans. Moi je dirais « 15 ans pour un public averti ». Parce que franchement, ce bouquin est vraiment noir. Et le dernier quart part vraiment dans la glauque-attitude, tellement que même moi (vieille trentenaire) c’est quasi-écoeurée que je tournais les pages. L’auteur est allé loin et je ne pense pas que ça serve le récit. A certains moments, j’avais même l’impression de me trouver face à un Stephen King (avis aux amateurs) et j’avoue que j’aurais bien repris un peu d’air, j’aurais aimé trouver juste un peu plus de légèreté, le temps de reprendre mon souffle avant de me replonger dans cet abîme…
Il n’empêche qu’il faut reconnaître que j’ai lu ce roman non sans un certain plaisir, le style tient bien la route, est vivant et agréable (le vocabulaire est même parfois un peu « trop » travaillé), je me suis prise de sympathie pour les personnages et leurs désillusions si réelles, et je me suis même retrouvée dans cet univers urbain et brut dans l’air du temps…

Les citations en début de livre :
« Les livres que le monde appelle immoraux sont ceux qui lui montrent sa propre ignominie. »
Oscar Wilde
« Toute vie est bien entendu un processus de démolition… »
Francis Scott Fitzgerald
« Nous devons nous y habituer : aux plus importantes croisées des chemins de notre vie, il n’y a pas de signalisation. »
Ernest Hemingway

Un (tout) petit extrait :
« […]- Merci. je m’appelle Leia.
– Comme la princesse. Moi c’est Jiminy.
– Comme le criquet. Enchantée. »


Quelques mots sur l’auteur
:

Nationalité : belge (lieu de naissance : Bruxelles)
Daph Nobody est un romancier, scénariste, acteur et réalisateur. Il écrit en français et en anglais, dans les genres du fantastique, du thriller, de l’horreur et de la fantasy.
Sa carrière démarre par la publication de nouvelles dans des revues spécialisées dans le fantastique, telles que Khimaira – il obtient le Prix littéraire du Belgian International Fantasy Film Festival.En 2009, il publie son premier roman dans la collection EXPRIM’: Blood Bar, qui flirte avec la vague du roman de vampires pour mieux la dynamiter. Le livre jouit d’un très bel accueil critique (sélection Prix Chimère et Prix Futuriales 2011, articles dans Télérama, la RTBF, Le Figaro, etc.)
(source : ricochet-jeunes.org)

Je zieute la collection EXPRIM’ de Sarbacane depuis un bon bout de temps. Parce que ces romans me parlent et sortent des sentiers battus… Je salue donc leur choix éditorial et vous invite à  cliquer là pour en savoir plus et pour parcourir le catalogue. (cliquez sur l’onglet d’Exprim’)

Cette lecture s’inscrit dans le challenge Jeunesse/YA

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8 réponses à L’enfant nucléaire – Daph Nobody

  1. Dup dit :

    Je vois que nous avons exactement le même avis, cela me fait plaisir !

  2. hylyirio dit :

    Je suis comme toi, j’adore cette maison d’édition qui regorge de titres atypiques et hors du commun !
    Celui ci ne fait pas exception, je l’ai adoré également, et je l’ai trouvé très « mature » pour un livre jeunesse !

    • Melo dit :

      oui, ça change et ça fait du bien finalement de voir que les livres jeunesse ne sont pas tous niais ! Cela dit, certains passages sont assez répugnants !

  3. Lystig dit :

    ce titre commence à faire parler de lui sur le net… noté !

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