Le « journal infirme » de Clara Muller – Karim Madani

Présentation de l’éditeur :
Nom : Muller
Prénom : Clara
Age : 16 ans et des miettes
Adresse : Paris, Ville Haute.
Epoque : le futur (2015)
Mail :borderline125@gmail.com
Lycée : Guillaume Apollinaire

Situation générale : Bizarre, étrange, fêlée.
Situation particulière : Fille Frappée d’Opprobre (FFO)
Bande-son : Alice in Mains, Marilyn Manson
Films cultes : Requiem For A Dream, Orange mécanique

QUAND VOUS AUREZ CE JOURNAL EN MAIN, JE SERAI DEJA MORTE.

Le « journal infirme » de Clara Muller de Karim Madani
Editions Sarbacane, Collection EXPRIM’, 2012
269 pages

Romain urbain, roman trash et roman choc, ce « journal infirme » nous emmène dans un Paris futuriste scindé en deux : la Ville Haute, aisée et confortable et la Ville Basse, faite de débrouilles, de larcins, livrée à elle-même. Impossible de ne pas voir là une métaphore de la situation actuelle et réelle…
Clara vit dans la ville Haute avec sa mère. Au lycée, il y a les ados populaires… et les autres. Elle a été classée FFO (Fille Frappée d’Opprobre) par les lycéens « les plus en vue » qui n’hésitent pas à la rudoyer et à lui foutre la honte dès qu’ils en ont l’occasion. Mais Clara n’est pas du genre à courber l’échine et ce « journal infirme » lui permet de déverser sa colère, sa rage, et son incompréhension.
De sa relation compliquée avec sa mère à la description de ses « camarades » de lycée jusqu’à son amitié avec Karin et à sa faculté de faire des voyages astraux, Clara y raconte sa vie, ses rêves, ses désillusions et ses espoirs. Elle n’est pas tendre avec elle-même et c’est peut-être bien ce qui va la mener à l’irréparable.

Encore une fois, la collection EXPRIM’ frappe fort en mettant en lumière toute l’absurdité et les vices de l’humanité ainsi que le malaise sociétal. Franchement, ce roman m’a donné un coup de fouet et malgré sa fin tragique, je l’ai beaucoup aimé. Il dérange, il secoue, il dénonce, il ne laisse pas indemne parce qu’il n’est pas dénué de réalisme… Certes, il y a des mots crus mais parfois ça fait du bien de ne pas tortiller du cul pour chier droit tourner autour du pot… Les mots de Clara sortent de ses tripes et bizarrement -ou pas- ils ont eu un effet apaisant sur la lectrice que je suis. Sa rage est parfois la mienne. Et puis cette fin… On est prévenus dès le début qu’elle ne sera pas douce mais elle est comme une gifle qui laisse groggy.

Loin du conte de fées, ce journal fictif d’une ado en mal de vivre surfe habilement avec la réalité dans un décor de science-fiction. Les émotions déferlent. C’est dur mais libérateur, c’est grinçant mais vrai, c’est triste mais parfois réjouissant et c’est cruel mais tendre aussi… Mention spéciale à ce gamin qui tue avec des mots. Et puis l’inadaptation de Clara n’a rien de surprenant… Rappelons-nous des mots de Jiddu Krishnamurti qui nous disait : « Ce n’est pas un signe de bonne santé mentale d’être bien adapté à une société malade ».

Par contre je trouve que la place accordée à la fumette de joints y est un peu trop importante. Certes, ça va avec le Ciel Liquide mais le shit, c’est d’la meeeerde *voix de Jean-Pierre Coffe*.
Cependant, c’est un foutu roman quand même -très urbain et sombre avec un goût d’outre-Atlantique prononcé –  qui laisse un sentiment de malaise et un goût âpre sur la langue et dont j’aurais aimé savoir « mieux » parler…

C’est la suite de Ciel Liquide que je n’ai pas lu. Ils peuvent donc se lire tout à fait indépendamment l’un de l’autre.

Un roman apprécié, donc, mais dont je ne suis pas mécontente de me « défaire » pour retrouver la douceur de mon foyer.

Dedans le roman :

« Mes vacances, je les ai gaspillées dans cette grotesque communauté de mômes où elle m’a envoyée, le « Centre des valeurs Primales de l’Ecosystème »… un nom pompeux pour désigner une colo verte, quoi. C’est tout ma mère, ça : elle me force à passer l’été à fabriquer des gobelets avec des matériaux de récupération, à subir les imprécations sectaires d’un groupe d’animateurs psycho-rigides payés pour nous imposer d’épuisantes randonnées dans la forêt -ils appelaient ça des séances d’oxygénation et de bien-être- : le calvaire vert, oui ! – et pour fêter ça, elle me traîne dans le temple de la malbouffe !
Face au comptoir, le seul truc que j’ai trouvé à dire, c’est :
– Tu te rends compte que notre gouvernement doit arroser tout un village du tiers-monde au napalm pour qu’on puisse se taper notre ration de barbaque à l’hormone ?
Ma mère a écarquillé les yeux.
– Un gosse réduit en bouillie pour qu’on ait la chance de boire du Coca Light…
Ma mère s’est mordillé la lèvre inférieure.
– Clara, tu… tu veux gâcher notre déjeuner, c’est ça !? »

L’auteur :
Né à Paris dans les années 70, Karim Madani vit en région parisienne (94, Ivry-sur-Seine). Il a baigné dans une culture américaine de polars, de comics et de soul. Journaliste spécialisé dans les cultures urbaines, il a collaboré à L’Affiche, Groove. Il est l’auteur de plusieurs romans. En librairie, il donne des lectures slamées spectaculaires.
(sources : ici et )
un tas de vidéos de Karim Madani sur Google.

 

 

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13 réponses à Le « journal infirme » de Clara Muller – Karim Madani

  1. hylyirio dit :

    « je trouve que la place accordée à la fumette de joints y est un peu trop importante. Certes, ça va avec le Ciel Liquide mais le shit, c’est d’la meeeerde *voix de Jean-Pierre Coffe*.  »
    =======================

    J’adore 🙂

    Sinon, c’est vrai qu’il est vraiment surprenant, ce roman, j’avais aimé le lire… ça change de tout ce qu’on voit actuellement…

    Bonne soirée

  2. Ori dit :

    Bon ben comme quoi, chaque roman a son son lecteur. De mon côté, je n’ai pas aimé du tout, trop vulgaire, trop trash, trop tout!

  3. Phooka dit :

    magnifique chronique!
    j’ai bien aimé ce roman, même s’il est parfois dérangeant.

    • Melo dit :

      @Phooka, merci *rouge* et pourtant je n’en suis pas satisfaite de ce billet. Parfois mes mots m’emmènent là où je ne les attends pas.
      Oui c’est sûr c’est un roman qui dérange.

  4. Nodrey dit :

    Comme très souvent quand je viens sur ton blog, tu me donnes envie de lire un livre! Bravo pour ton avis.

    • Melo dit :

      @Nodrey, c’est un livre très percutant. Je peux te le prêter si tu veux mais attention ça secoue un ptit peu 🙂

  5. Ping : Les mots de Mélo » Challenge Littérature Jeunesse/Young adult

  6. herisson08 dit :

    Toujours ce ton et ses voix fortes chez Exprim… mais je trouve souvent que c’est un peu trop… et du coup j’ai bien du mal à les conseiller à des collégiens!

    • Melo dit :

      @herisson08, c’est vrai que ce livre détonne ainsi que « L’enfant nucléaire ». Mais j’ai lu « Traverser la nuit » de Martine Pouchain qui est une vraie bonne découverte qui est beaucoup plus soft.

  7. Ludiwine dit :

    Moi je suis collégienne et ma documentaliste me l à conseiller et je l ai adoré parce que je trouve vraiment suPer !!!! Même si vous ne trouver pa super moi je l’ai adorer

  8. rose dit :

    C’est un livre genial que j’avai emprunter et j’adorerait le relir mais je sait pas si il existe en version liseuse es ce que quelqu’un pourait me renseigner merci d’avance ^^

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