Kaleb Saison 1, de Myra Eljundir

Présentation de l’éditeur :
C’est si bon d’être mauvais…
À 19 ans, Kaleb Helgusson se découvre empathe : il se connecte à vos émotions pour vous manipuler. Il vous connaît mieux que vous-mêmes. Et cela le rend irrésistible. Terriblement dangereux. Parce qu’on ne peut s’empêcher de l’aimer. À la folie. À la mort.
Sachez que ce qu’il vous fera, il n’en sera pas désolé. Ce don qu’il tient d’une lignée islandaise millénaire le grise. Même traqué comme une bête, il en veut toujours plus. Jusqu’au jour ou sa propre puissance le dépasse et ou tout bascule… Mais que peut-on contre le volcan qui vient de se réveiller ?
Le premier tome d’une trilogie qui, à l’instar de la série Dexter, offre aux jeunes adultes l’un de leurs fantasmes : être dans la peau du méchant.

Déconseillé aux âmes sensibles et aux moins de 15 ans.

Kaleb, saison 1, de Myra Eljundir
Editions Robert Laffont, Collection R, juin 2012
441 pages

Ce livre m’a interpellée immédiatement après l’annonce de sa sortie car il traite de l’empathie, ici portée à son comble. L’empathie, sentiment universel, est plus ou moins développée selon les individus et dans ce roman elle s’exprime par le personnage d’un jeune homme qui se découvre empathe puissance 10, que dis-je, puissance 1000 l’année de ses 19 ans. Selon le Larousse, l’empathie est la « faculté intuitive de se mettre à la place d’autrui, de percevoir ce qu’il ressent ». Un sentiment spontané qui peut se révéler altruiste et donc qualité quand il est bien dosé, mais aussi écrasant quand on ne sait pas bien le gérer. L’empathie se rapproche de la compassion mais est, à mon sens, un sentiment bien plus profond, bien plus physique, bien plus palpable et bien moins intellectuel mais aussi beaucoup plus trouble. Je crois n’avoir jamais croisé de roman qui traite principalement d’un sentiment, d’une faculté – appelez ça comme vous voulez – bien réel(le). En ce sens ils sort complètement des sentiers battus et offre un aspect psychologique très intéressant. Il est romancé  bien sûr (pas dans le sens « roman à l’eau de rose », hein) et tourne au fantastique/thriller mais ça ne donne que plus de relief à l’exploration de cet aspect complexe de l’âme humaine.

La confusion, c’est ce qui assaille Kaleb, sans cesse tourmenté entre les diverses émotions qu’il croise. Son don s’est révélé brutalement et prend de plus en plus de place jour après jour. Il ne peut plus l’ignorer, il ne tourne pas rond et peut passer d’une émotion à sa totale opposée en quelques instants selon les individus qui se trouvent en face de lui. Tous les sentiments des plus sombres aux plus positifs le tourmente constamment. Il va devoir lutter contre cette effervescence continue pour ne pas se perdre mais se rend compte qu’il penche dangereusement vers les sentiments les plus noirs, surtout que plus le temps passe plus il se voit puissant puisqu’il arrive à manipuler les émotions d’autrui…
Ce qu’il ne sait pas, contrairement au lecteur, mais qu’il découvre, c’est que ce don – ou cette malédiction, au choix – a un lien direct avec sa descendance et sa mère disparue à sa naissance. Dès qu’il le comprendra, il va partir à la recherche de ses origines et découvrira que tout ça va bien au-delà de tout ce qu’il aurait pu imaginer.

Ce livre a le don d’exercer une fascination quasi hypnotique sur le lecteur, de par son style brut et par le personnage malmené par des sentiments contradictoires. Kaleb lutte et le lecteur ne peut qu’être touché par ce qu’il endure. L’ambiance de ce premier tome est quand même pesante et sombre mais ça ne m’empêche pas de vouloir lire la suite car je me suis attachée à cet « anti-héros » et je me demande bien ce que nous réservent les prochains tomes, surtout que ça se passera du côté de l’Irlande et de l’Isande, ce dernier pays étant celui où vit l’auteure.
D’ailleurs, parlons-en de l’auteure : j’ai été touchée par l’interview qu’elle a accordée à la maison d’édition que je vous transmets ci-dessous. Je me retrouve dans son côté sauvage et peu à l’aise en public et je plussoie le fait de se demander « dans quelle mesure nous ne sommes pas conditionnés, manipulés par les autres ou par la société ». C’est pourquoi je suis véritablement frustrée de ne pas savoir qui c’est, Myra Eljundir étant un nom emprunté.

Pour revenir au roman, une petite chose m’a dérangée : un côté un peu trop manichéen pour le personnage du Colonel : il est vraiment très très méchant, très dur, sans aucune humanité et j’ai eu du mal à y croire. Cela dit, je suis peut-être un peu trop naïve ?
Sinon la référence au volcan Eyjafjöll (imprononçable) – mais oui souvenez-vous, il a fait des dégâts et cloué au sol nombre d’avions en 2010 – m’a particulièrement séduite et j’ai grande hâte d’en savoir plus.

En revanche et je termine là-dessus, je ne suis pas convaincue par l’annonce de la quatrième de couverture : « Le premier tome d’une trilogie qui, à l’instar de la série Dexter, offre aux jeunes adultes l’un de leurs fantasmes : être dans la peau du méchant. » Un peu trop réducteur, je trouve (notamment sur les fantasmes des jeunes adultes :-p) (et en plus je n’ai jamais regardé un seul épisode de Dexter :-p mais en même temps, je ne suis plus une jeune adulte !)

Une première saison, donc, qui me donne envie d’en savoir plus !

Sous le mystérieux pseudonyme de Myra Eljundir se cache un auteur et scénariste francophone de talent, vivant en Islande. À l’instar de Kaleb, sa trop grande empathie l’a conduite à s’isoler. Une façon de se protéger, ainsi que ceux qu’elle aime. Les lecteurs pourront toutefois contacter directement Myra et tchater avec elle sur la page Facebook de la collection R. (source : Collection R)

Interview publiée sur la page facebook de la Collection R :

– Bonjour Myra, pouvez-vous nous raconter votre parcours ? 
« Je peux difficilement raconter mon parcours sans casser mon anonymat… mais disons que j’ai (trop) côtoyé ce que la nature humaine a de pire. C’est, sans aucun doute, ce qui m’a conduite où j’en suis aujourd’hui. »

– Comment vous est venue votre passion pour la littérature ?
« Plus qu’une passion, c’est un mode de communication à part entière. Peut-être le plus évident pour moi qui ai un peu de mal en public. Le seul dans lequel je me sente parfaitement libre. J’écris ce que je ne peux pas crier. »

Pourquoi avoir choisi d’écrire sur le thème de l’empathie ?
« Parce que c’est un don sublime qui permet à l’humain de se transcender, mais c’est aussi une malédiction, un handicap dont on parle peu mais qui existe, surtout dans nos cultures hyperviolentes et individualistes. Hélas, on n’en guérit pas… Je pense aussi qu’il est intéressant de se demander ce qui, dans nos réactions, nos émotions, nous appartient vraiment. Dans quelle mesure nous ne sommes pas conditionnés, manipulés par les autres ou par la société… »

-Pourquoi avoir choisi un anti-héros pour héros ?
« Parce que les héros parfaits et pétris de bonnes intentions m’ennuient ! Ce n’est pas crédible et, si j’avais choisi un de ces héros parfaits, j’aurais eu l’impression de me moquer de mes lecteurs !Tout héros a sa part d’ombre, ses ambivalences. Dans la vraie vie, rien n’est tout noir ou tout blanc et peu d’actes héroïques sont intentionnels. Un parfait salaud peut sauver le monde par hasard, et un gentil garçon peut se conduire en lâche. Kaleb est certes violent et manipulateur, mais il n’est pas QUE ça. Et c’est précisément ce qui m’intéresse. La fêlure. Les tourments. »

– Quels sont pour vous les livres à lire en matière de Dystopie ?
« Je hais toute forme d’oppression et d’aliénation, alors, La servante écarlate m’a particulièrement interpellée. Hunger Games a aussi été une belle révélation pour moi… d’ailleurs je me suis même débrouillée pour aller à l’avant-première du film, ce qui est un exploit étant donné que je fuis la foule ! Beaucoup plus ancien, mais une référence indétrônable et effrayante en matière de dystopie : 1984 de George Orwell. Je trouve cette idée de manipulation de la pensée par un appauvrissement du langage tout simplement géniale et, hélas, visionnaire. C’est pourquoi je ne chercherai jamais à écrire en simplifiant : notre liberté de pensée est trop précieuse ! Enfin, Starters, dans la Collection R, qui pose ici encore une question d’actualité : que reste-t-il à la jeunesse quand on lui a tout pris ? »

– Certains comparent déjà Kaleb à la série Dexter, qu’en pensez-vous ?
« Je suis d’autant plus flattée que je suis une grande fan de Dexter… et que Kaleb n’en est qu’aux prémices de ses possibilités, dans le premier tome! Dexter fait le mal pour faire le bien, puisqu’il punit seulement des méchants… à suivre pour Kaleb. Ce que je peux néanmoins en dire, c’est que les scalpels de Kaleb sont ses pensées… ce qui nous promet de beaux duels ! »

– Que pouvez-vous nous dire de cette couverture très énigmatique ? Kaleb, on l’a dans la peau ?
« On peut voir ça comme ça, en effet, et se demander aussi quelle part de Mal on a en soi, ou ce que le sang de Kaleb charrie de secrets… Mais ce n’est pas la seule explication. Cette peau, ce tatouage vont évoluer au fil des couvertures. Devenir terrifiants. Parce que (attention, spoiler tome 2) Kaleb VA se faire tatouer. Pas avec n’importe quoi. Pas n’importe comment. Et que ces quelques lettres gravées dans sa chair, c’est ce qui va tout faire basculer. Ce qui va faire que les choses vont lui échapper. S’il savait l’éruption que ce tatouage va provoquer… il ne le ferait pas. Ces quelques lettres vont sceller son destin. »

– Et enfin, pourquoi avoir choisi de vous isoler en Islande ?
« Parce que là-bas, je suis en paix, au calme. Loin des tumultes et de la malveillance. Parce que je me sens vulnérable : le moindre mot un peu dur me plonge dans des affres pendant des semaines… J’ai essayé de lutter mais je n’y arrive pas : je suis comme ça. Alors je préfère m’isoler.
Parce que l’Islande est une terre sauvage et bouillonnante. Qu’une force de vie incroyable y côtoie la nature souvent mortelle. Parce que les ondes et les forces telluriques y sont surpuissantes. Parce que c’est là que veut être Kaleb… »

– Ça donne envie d’y aller !
« Je peux toujours vous envoyer quelques photos… »

Une autre interview très intéressante chez Les Chroniques de Mandor.

L’index par auteur du challenge Jeunesse & Young Adult

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19 réponses à Kaleb Saison 1, de Myra Eljundir

  1. Manu dit :

    Eh mais c’est flippant cette histoire !
    Dernier article de Manu : « Les enquêtes d’Enola Holmes : L’Affaire Lady Alistair »

  2. Plume dit :

    J’ai été moins convaincue que toi mais j’ai passé un bon moment et je suis curieuse de voir ce que donnera la suite 🙂
    Dernier article de Plume : À la vie, à la mort

  3. Mango dit :

    C’est le prochain livre que je vais lire! Je suis une âme sensible: j’ai déjà peur! :))
    Dernier article de Mango : Le montreur d’histoires de Raphaël Beuchot et Zidrou, ma BD du mercredi

  4. Adalana dit :

    Il me tente bien ! 🙂
    Dernier article de Adalana : Guy de Maupassant – Bel Ami

  5. awerpi dit :

    Petit passage pour voir si la première astuce pour ton thème avait fonctionné. Contente de voir ça !
    Je reviendrai pour voir la deuxième, bonne continuation.
    P.S : oui, il va pleuvoir 😉
    Dernier article de awerpi : Modififier la taille d’une image dans wordpress

    • Melo dit :

      La première astuce, nickel 🙂 merci encore !
      La deuxième astuce n’a par contre pas l’air de fonctionner, zutaille !
      P.S : pas un brin d’orage ici, j’enrage !

  6. Nodrey dit :

    Très bel article, tu me donnes bien envie de le lire!
    Dernier article de Nodrey : Viral tome 1, Kathy Reichs

  7. stellade dit :

    Je suis de plus en plus intriguée par ce roman.
    J’ai lu ton billet avec attention.
    Merci car il est très complet!!!
    Je vais peut-être me laisser tenter par curiosité!!

    • Melo dit :

      Merci Stellade de ton passage et ton commentaire. C’est un roman sombre avec des personnages malmenés, il ne plaira pas à tout le monde mais moi j’attends le prochain ! 🙂

  8. éléa dit :

    Très beau billet, ça donne super envie parce que j’adore les histoires sombres et les anti-héros ça change un peu.

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  11. Milo dit :

    Un premier tome que j’ai beaucoup aimé ^^

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