Le fil à recoudre les âmes – Jean-Jacques Greif

Présentation de l’éditeur :
Kenichiro croyait être un Américain comme les autres. Mais le 7 décembre 1941, lorsque les Japonais déclenchent la guerre en attaquant Pearl Harbor, l’adolescent né à Los Angeles devient brusquement un « Jap », un étranger ennemi, comme tous les Japonais installés aux États-Unis depuis plusieurs décennies. Les voilà devenus des espions potentiels qu’il faut éloigner des côtes. Kenichiro, sa mère, sa petite soeur et plusieurs milliers d’autres Japs se retrouvent au milieu du désert, dans un « centre de réinstallation » cerné par les barbelés. Officiellement, ils ne sont pas prisonniers, mais résidents. Les gardes armés ne sont pas des gardiens mais des conseillers de sécurité. Kenichiro préfère en rire dans les lettres qu’il envoie régulièrement à Mrs Moore, son ancien professeur d’anglais. Un jour, il lui annonce une « nouvelle incroyable ». Alors que la guerre fait rage, sa famille a accepté de quitter les États-Unis pour retourner vivre au Japon… non loin d’Hiroshima.

Le fil à recoudre les âmes, de Jean-Jacques Greif
Editions l’école des loisirs, collection Médium, 2012
231 pages

Le fil à recoudre les âmes narre l’histoire d‘un américain d’origine japonaise après l’attaque de ceux-ci sur Pearl Harbor le 7 décembre 1941. Ce qu’on sait peu, c’est que tous les japonais étaient devenus d’hypothétiques espions et ennemis et Kenichiro est envoyé avec sa famille dans un camp, comme plusieurs milliers de personnes à travers le pays.
Le roman est d’abord conté sous forme épistolaire : nous découvrons l’histoire de l’adolescent par les lettres qu’il envoie à son professeur américain et suivons l’évolution de ses réflexions sur une longue période. On constate leurs dérisoires conditions de vie, la différence de perception de l’évènement selon les générations ou le peu de renseignements que l’armée veut bien leur transmettre.
Puis Kenichiro sera envoyé au Japon où il fera la connaissance de Yuriko, douce jeune fille de quelques années de plus que lui. Il découvrira le pays de ses parents avec la guerre en toile de fond.

– Tu as déjà vu les sakura, me demande Yuriko ?
– Les cerisiers ? Mes parents m’en parlaient souvent. Ils vont bientôt fleurir ? […]
– C’est dommage que tu ne sois pas venu deux ou trois ans plus tôt. Il y avait des centaines de personnes ici pour hanami, la fête de contemplation des fleurs. Les gens mangeaient, buvaient, dansaient, chantaient.
– Ils n’ont plus envie de s’amuser.
– Les hommes sont partis à la guerre. ils sont morts. un pique-nique sous les sakura sans rien à manger, ce n’est pas très drôle non plus. Et puis en ce moment les gens n’ont pas besoin des sakura pour nourrir leur sentiment de mono no aware.
– Quel sentiment ?
– Votre maîtresse vous en a sûrement parlé. La tristesse des choses éphémères. C’est ce sentiment qui nourrit la mélancolie des poèmes, souvent. La beauté des fleurs ne dure pas longtemps. Un coup de vent ou une averse suffit à les détacher de l’arbre. La fragilité des sakura nous fait penser à la nôtre. Tu peux écrire des poèmes sous les sakura mais aucun poème n’est aussi émouvant que la pluie de fleurs. C’est comme si la nature calligraphiait des caractères parfumés pour nous parler de la mort sans nous effrayer.
– Si je comprends bien, les hommes disent la même chose de manière plus bruyante et vulgaire avec leur pluie de bombes.
(page 123-124)

On suivra ensuite Yuriko qui habite Hiroshima. La bombe nucléaire, Pika pour les japonais (référence aux flashs), éclate.. Le chaos. Il faut reconnaître à l’auteur le talent de décrire l’impensable, au moment de l’explosion. De longues pages y sont consacrées. On est en plein dedans, ça laisse groggy car les phrases sont très courtes, très froides, à l’image du chaos et de l’horreur ambiants, comme des flashs… et on s’imagine très bien l’atrocité, l’incompréhension et l’extrême violence du bombardement atomique du 6 août 1945. (le premier de l’Histoire)

Les carcasses tordues et fondues des objets familiers : une machine à coudre, une bouilloire, une baignoire de fer. Là, ces serpents d’acier, un vélo ou une chaudière ? Un ballon de football intact. A côté d’un coffre-fort, un employé de banque : « Je viens de l’ouvrir. Les billets ont brûlé à l’intérieur… Qui pourrait m’expliquer ? » Mais aussi, devant la poste en ruines, des liasses de billets en bon état. Personne ne les ramasse.
Ai-je été projetée en enfer ? Un damné rampe sur les bouts de tuiles, une forêt d’éclats de verre plantés dans son dos.
(page 142)

Les conséquences de l’explosion donnent le ton à la suite : Yuriko sera envoyée à New-York afin de subir des chirurgies réparatrices. Comme pour Kenichiro, le contraste se ressent entre japonais et américains, entre deux pays ennemis, et cette fois ce n’est plus de Pearl Harbor dont tout le monde parle mais d’Hiroshima…

Je vois ce livre comme un sincère hommage mais il fait aussi référence de document pour des évènement dont on n’entend pas beaucoup parler (les camps japonais notamment). Le style, en revanche, m’a posé problème. Je l’ai trouvé trop descriptif et manquant de relief, notamment dans la partie épistolaire. Les phrases sont assez froides, parfois brutes, presque mathématiques. C’est instructif, mais j’ai tout de même bataillé pour arriver au bout.
Néanmoins, nul doute qu’il se dégage une sorte de poésie parfois dans toute cette noirceur et que ce roman est un bon moyen d’aborder cette partie de l’Histoire.

L’avis de Fantasia, plus enthousiaste que moi.

Auteur de livres pour enfants et adolescents, Jean-Jacques Greif a d’abord été rédacteur dans la publicité de 1970 à 1975, puis journaliste pour Marie-Claire. Il a également enseigné le français et la physique. Il a commencé à écrire pour les enfants en donnant des documentaires pour Hachette Jeunesse (notamment sur l’informatique). Il a publié son premier livre pour enfant en 1996.
Passionné par les grands noms de l’histoire, Jean-Jacques Greiff nous fait découvrir de très belles biographies de Mozart, Beethoven, Jeanne d’Arc ou Einstein, mais aussi de personnages qui lui sont chers comme ses parents Malvina et Lonek.
(source : ricochet-jeunes.org)

Merci à la librairie Dialogues pour la découverte.

Second roman qui rentre dans le cadre du Challenge Dragon 2012

Il entre aussi dans le challenge Jeunesse & Young Adult

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19 réponses à Le fil à recoudre les âmes – Jean-Jacques Greif

  1. Nodrey dit :

    Un livre qui a l’air assez poignant, je me le note merci 🙂
    Dernier article de Nodrey : Viral tome 1, Kathy Reichs

  2. Nina dit :

    Un roman déjà aperçu sur la blogo ce matin et il me semble vraiment intéressant à découvrir !
    Ton avis me convainc un peu plus…
    Dernier article de Nina : On my Wishlist # 11

    • Melo dit :

      C’est sûr qu’il est intéressant mais le style m’a vraiment dérangée :/ Cela dit il saura plaire à d’autres ^^

  3. Catherine dit :

    Il y a un roman de Julie Otsuka (américaine) qui raconte l’histoire de ses grands-parents japonais aux USA, peut-être que ça te plairait plus ?

  4. Lystig dit :

    les camps américains pour Japonais et descendants de Japonais (même nés sur le sol américain) ne sont que très rarement abordés, pourtant cela a bel et bien existé.
    Dernier article de Lystig : Vendredi lecture et petits nouvelles !

  5. bouma dit :

    Fantasia m’a donné très envie de le lire et même avec ton petit bémol, il me tente beaucoup.

  6. Manu dit :

    Le sujet m’intéresse mais j’ai vu d’autres titres qui avaient l’air plus tentant.
    Dernier article de Manu : « La Panne : meurtre ou accident ? » de Anne Clerson

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  11. Manuela dit :

    Ce livre m’a l’air d’être une très belle histoire. Et puis déjà son titre « le fil à recoudre les âmes » est magnifique. J’ai une amie américo-japonaise et son père a vécu des moments très difficile à cette époque. j’aimerais bien lui offrir ce livre. Merci pour ce partage.

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