La fabrique des illusions – Jonathan Dee

Présentation de l’éditeur :
Molly Howe est une jeune fille sublime, admirée, gâtée par la vie et adulée par ses parents, jusqu’au jour où le secret qu’elle dissimulait est exposé au grand jour, sa réputation démolie et sa présence désormais indésirable dans la petite ville de son enfance. Elle s’enfuit alors à Berkeley où elle trouve réconfort dans les bras d’un jeune étudiant en art, John Wheelwright. Il est immédiatement fou d’elle, et consumé d’amour et de fascination. Jusqu’à ce qu’elle disparaisse de nouveau.
Dix ans plus tard, John est entraîné dans une aventure aussi risquée qu’exaltante par le visionnaire et excentrique gourou de la publicité, Mal Osbourne. Son idée menace le concept même de publicité et la grande machine à slogans américaine. John ne savait pas dans quoi il s’engageait en suivant Osbourne, mais surtout il n’aurait jamais imaginé que dans son orbite graviterait la femme qui l’a laissé dévasté des années plus tôt.
Dans un exercice de haute voltige narrative, Jonathan Dee entrelace les trajectoires de ses deux personnages de manière inoubliable. Et ce faisant, il interroge les origines de l’art, explore la douleur de l’amour perdu et soupèse la conscience individuelle à l’ère du cynisme universel.

La fabrique des illusions, de Jonathan Dee
Titre original : Palladio
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anouk Neuhoff
Editions Plon, collection Feux Croisés (août 2012)

Pour moi c’était une première plongée dans l’univers de Jonathan Dee et je peux d’abord dire que c’est dense, très dense et assez spécial ! Mais c’est tellement bien écrit qu’on est pris peu à peu dans les filets de l’intrigue et qu’on ne peut plus s’en défaire avant d’avoir tourné la dernière page.

C’est pas à pas que Jonathan Dee nous embarque dans une histoire pleine de désillusions. On est d’abord fasciné par Molly, intelligente, ravissante, rebelle et parfaite qui choquera son entourage à l’adolescence et fuira sa vie de banlieusarde ; elle a été éduquée par des parents « de classe moyenne » à l’apparence convenable et heureuse mais aux failles constamment à vif : il suffit de gratter un peu pour se rendre compte que la mère cache une lourde dépression et que le couple ne tient que grâce aux enfants vivants encore sous le toit familial.
Parallèlement l’auteur nous emmène près de John qui travaille dans la publicité. Trentenaire sans enfants, il est un jour débauché par un géant du métier un peu étrange qui veut révolutionner le monde de la pub. Sans attaches, John quitte sa compagne et son job routinier pour suivre Mal Osbourne dans son projet.
Nous nous rendrons compte que les chemins de Molly et de John se sont déjà croisés dans le début de leurs vies adulte, ils ont partagé une idylle amoureuse qui aura pris fin à cause de la belle. Lorsqu’ils se retrouveront une quinzaine d’années plus tard, John sera dévoré de ressentiments et d’amour pour la jolie Molly qui aura passé sa vie à fuir son bonheur.

Fuites, illusions perdues, voilà de quelle trempe est fait ce roman riche et dense. Riche parce que Jonathan Dee décortique la personnalité de ses personnages avec brio et sans facilités. Dense parce que ce roman m’a fait l’effet d’une toile d’araignée dans laquelle on est pris au piège dès qu’on y goutte, et même si parfois certains passages m’ont semblé trop longs, j’étais complètement happée par ma lecture…
Les désillusions ne s’arrêtent pas aux personnages de Molly et de John. Le frère de Molly essaiera de trouver sa voie dans la religion, Milo, un employé de Palladio (la nouvelle agence de pub) se donnera corps et âme à son boulot et Palladio elle-même sera le théâtre d’un évènement tragique.
La Fabrique des illusions (Palladio en VO) est une fresque sombre, dérangeante et implacable, et si le récit souffre, à mon sens, de quelques longueurs (notamment au niveau du discours sur la publicité) et aurait gagné à être raccourci, je n’en ai pas décroché grâce, sans conteste, au style remarquable et à la façon qu’a l’auteur de révéler le cynisme de l’existence.

J’aurais aimer vous en dire plus mais force est de constater que les mots me manquent concernant cette lecture… Je guetterai les autres billets, histoire d’enrichir ma réflexion…

Jonathan Dee est un écrivain dans le sens le plus large et le plus anglo-saxon du terme. Ancien rédacteur en chef de la revue littéraire ‘Paris Review’ diplômé de Yale, il écrit désormais pour le ‘New York Times Magazine’ et le magazine ‘Harper’s’, principalement des chroniques sur ses pairs écrivains et sur l’écriture en générale. Il enseigne dans les cours d’écritures à l’Université de Columbia et la New School de New York. Il est aussi un auteur à part entière, avec cinq romans publiés à son actif. Il s’inspire des réalités contemporaines pour construire des romans d’idées et de mœurs. Il est ainsi salué pour sa vision mordante et les autopsies ironiques qu’il effectue sur les principaux traits de notre siècle. La célébrité et les médias dans ‘St. Famous’, l’influence toxique de la publicité dans ‘Palladio’, la culpabilité et le pardon avec ‘The Liberty Campaign’ et la collusion du personnel et du politique dans ‘The Lover of History’.’Les Privilèges’, son cinquième roman, le seul publié en France(éditions Plon, en mars 2011) est salué par la critique. Il y décrit l’ascension d’un couple de classe moyenne jusqu’à une richesse indécente qui donne le vertige. D’aucuns comparent ce roman au Gatsby de Fitzgerald. Toujours dans la même veine, La Fabrique des Illusions sort en 2012, prenant pour sujet le monde de la publicité. (source : Evene)

Merci à la librairie Dialogues !


Challenge 1% rentrée littéraire 2012 !

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13 réponses à La fabrique des illusions – Jonathan Dee

  1. Miss Léo dit :

    Je viens de commencer Les Privilèges, du même auteur, et j’accroche bien. Je note cet autre titre !

  2. Kathel dit :

    Si tu as aimé, je te conseille de lire à l’occasion « Les privilèges » qui est très bien aussi ! (et moi, je lirai celui-ci, sans doute)

  3. Adalana dit :

    Je suis en train de lire Les privilèges, je lirai celui-ci sans faute plus tard !
    Dernier article de Adalana : Rainbow Rowell – Attachement

  4. clara dit :

    Un auteur à découvrir pour moi!
    Dernier article de clara : Agnès Desarthe – Une partie de chasse

  5. Lilibook dit :

    Je n’ai jamais rien lu de cet auteur, mais tu me donnes envie du coup avec ce livre.

  6. Nadgraph dit :

    Complètement happée par l’histoire… en fait, deux histoires totalement éloignées qui se rapprochent tout au long du livre, fusionnent et éclatent en mille petits morceaux de textes. Une sorte de big bang dont les petits morceaux de l’histoire repartent tous dans des directions aléatoires. Très bon roman !

  7. Manu dit :

    Cet auteur me tente énormément, autant ce roman que « Les privilèges » mais je commencerai par ce dernier, déjà paru en poche.
    Dernier article de Manu : « Tribulations d’un précaire » de Iain Levison

  8. Joaq dit :

    Il n’est pas surprenant que « La fabrique des illusions » se passe en Amérique.
    Pays qui symbolise les grands rêves, donc les grandes désillusions.
    J’ai pris ce livre, comme une grande remise en cause de la quête de l’amour.
    C’est une vision très juste du concept amour, qui se veut avant tout comme une véritable introspection sur nous même.
    Cette quête est essentiellement une aspiration d’élévation.
    L’autre n’étant que la molécule qui catalyse ses propres aspirations.
    L’Amérique, ici, n’est que la métaphore de nous même !

  9. labiblidonee dit :

    Je viens de lire les privilèges et j’ai a-do-ré !! Des portraits très riches avec des thèmes et réflexions profondes : Que du bonheur, un très beau livre qui me donne envie de découvrir celui-ci !

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