Le poids des secrets, tome 1 : Tsubaki – Aki Shimazaki

Présentation de l’éditeur :
Dans une lettre laissée à sa fille après sa mort, Yukiko, une survivante de la bombe atomique, évoque les épisodes de son enfance et de son adolescence auprès de ses parents, d’abord à Tokyo puis à Nagasaki. Elle reconstitue le puzzle d’une vie familiale marquée par les mensonges d’un père qui l’ont poussée à commettre un meurtre.
Obéissant à une mécanique implacable qui mêle vie et Histoire, ce court premier roman marie le lourd parfum des camélias (tsubaki) à celui du cyanure. Sans céder au cynisme et avec un soupçon de bouddhisme, il rappelle douloureusement que nul n’échappe à son destin.

Le poids des secrets, tome 1 : Tsubaki, de Aki Shimazaki
Editions Acte Sud (2005), Collection Babel
115 pages

Un court roman délicat malgré l’horreur des thèmes abordés

Tsubaki (« camélia » en japonais) est le premier tome du la pentalogie du Poids des Secrets (Tsubaki,Hamaguri, Tsubame, Wasurenagusa, Hotaru) qui livre une histoire de famille sur fond de deuxième guerre mondiale et des bombes atomiques de Nagasaki et Hiroshima.
De nos jours, une femme découvre les secrets de sa mère par une lettre que celle-ci lui a laissée avant de mourir. Sous les mots de Yukiko, le rationnement, le travail obligatoire à l’usine pour les étudiants, l’incompréhension et l’absurdité de la guerre sont abordés tout en pudeur. Mais au Japon comme ailleurs, la vie continue et l’adolescente découvre les sentiments amoureux, l’adultère et la haine.
Aki Shimazaki fait l’économie de mots, ce qui, je trouve rend un style un peu froid. J’ai aimé ce petit récit mais je n’ai pas ressenti le coup de coeur attendu. J’ai aimé le contexte historique et le récit de la vie quotidienne au Japon, j’ai aimé aussi la vision de plusieurs générations sur 115 pages (générations qu’on retrouvera, j’imagine, dans les prochains tomes) et je compte lire les quatre autres opus mais ce roman m’a été peut-être un peu trop court et un peu trop « linéaire » pour que j’en ressorte véritablement marquée.
Par ailleurs, Aki Shimazaki, par l’histoire de Yukiko fait passer le message que si la guerre est absurde, les hommes peuvent l’être également dans leurs actes, la haine étant un sentiment universel…
Ce livre m’a fait penser au fil à recoudre les âmes de Jean-Jacques Greif qui aborde également l’horreur des bombes atomiques dans un style complètement différent, beaucoup plus froid et beaucoup plus violent.


Extraits choisis :

 * « Mon frère a été capturé à Saïpan et tué par les Américains. On dit qu’être fait prisonnier, c’est assez honteux ; mais être tué par eux, c’est le pire affront pour un soldat. Mon père dit qu’il ne sait comment s’en excuser auprès de l’empereur. Il est devenu très faible à cause de cela. On dit que mon frère aurait dû se suicider avant sa capture. Mais j’aimais mon frère et je l’aime toujours. Ma mère est très triste. »

* « La guerre se terminera bientôt. Il le faut. On ne pourrait pas gagner la guerre même en faisant travailler les enfants. Il n’y a pas de liberté. Pas du tout. On n’a pas le droit de dire ce qu’on pense. Ce n’est pas à cause de la guerre. C’est une mentalité dangereuse qu’on a ici. On ne cherche que le pouvoir. On ne fait pas la guerre pour la liberté. »

* « La vallée était couverte de gens gémissant et criant « De l’eau! » Des enfants hurlant partout « Maman ! Maman ! » Je trouvais des visages déformés, des corps brûlés ou déjà morts sur la terre. Dans la rivière, des cadavres flottaient en passant devant moi. La vallée de la mort. (…). Dans la rue je vis un homme sous un toit effondré. Quand on essaya de le secourir en le tirant par la main, son bras se détacha. »

Anecdote : Aki Shimazaki est née au Japon mais s’est installée au Canada à 27 ans où elle a appris le français. La langue originale de cette pentalogie est donc la nôtre.

Aki Shimazaki est une écrivaine québécoise, née en 1954 à Gifu au Japon. Elle a immigré au Canada en 1981 et vit à Montréal depuis 1991. Ses livres ont été traduits en anglais, en japonais, en serbe, en allemand et en hongrois.
Aki a d’abord travaillé au Japon pendant cinq ans comme enseignante d’une école maternelle et a également donné des leçons de grammaire anglaise dans une école du soir. En 1981, elle émigre au Canada où elle passe ses cinq premières années à Vancouver, en travaillant pour une société d’informatique. Après cela, elle part vivre pendant cinq ans à Toronto. À partir de 1991, elle s’installe à Montréal où, en plus de son activité littéraire, elle enseigne le japonais. Ce n’est qu’en 1995, à l’âge de 40 ans, qu’elle commence à apprendre le français par elle-même ainsi que dans une école de langue.
(source : Wikipedia)

 Les avis de : FaFaManuKarineGeorgeCynthia IaniNinaSharonPaikanneAnkyaJulien le naufragéLasardineClara

Challenge Dragon 2012

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28 réponses à Le poids des secrets, tome 1 : Tsubaki – Aki Shimazaki

  1. George dit :

    A force de le voir sur la blogo j’avais eu envie de le lire et je ne le regrette pas, les autres tomes sont aussi très bien.
    (Merci pour le lien)
    Dernier article de George : « J’ai passé l’âge de la colo ! » de Sophie ADRIANSEN

  2. Laure dit :

    J’ai beaucoup aimé d’ailleurs il faudra que je pense à lire la suite.

  3. lasardine dit :

    la pentalogie avait été un véritable coup de coeur pour moi!
    Dernier article de lasardine : Magasin général, Charleston (7) – Loisel & Tripp –

  4. Feflie dit :

    Je ne connaissais pas, ça a l’air pas mal ! Je me laisserai surement tenter. ^^
    Dernier article de Feflie : Macbeth – W. Shakespeare + Fahrenheit 451 – R. Bradbury en quelques mots…

  5. Valérie dit :

    Comme toi, j’avais cédé aux billets très enthousiastes et à la couverture mais je ne fus pas aussi charmée que je l’aurais souhaité.
    Dernier article de Valérie : Dolce Agonia de Nancy Huston

  6. clara dit :

    je les avais tous dévorés et appréciés !
    Dernier article de clara : Emmanuelle Guattari – La petite Borde

  7. Lilibook dit :

    Très envie de le découvrir aussi à force des bons avis sur la blogo mais j’ai tout de même une certaine peur d’en attendre tant et d’être déçue (c’est parfois ce qui arrive lorsque l’on voit tant de bonnes critiques)… du coup je laisse passer le temps pour le lire plus tard.

    • Melo dit :

      Ca fait déjà un long moment que j’avais vu les coups de coeur, j’ai pourtant laissé l’eau couler sous les ponts mais je n’ai pas eu le coup de coeur majoritaire.

  8. Manu dit :

    Moi non plus, je n’avais pas éprouvé le coup de coeur attendu.
    Dernier article de Manu : « Tante Mame » de Patrick Dennis

  9. Nodrey dit :

    Je ne connaissais pas mais je me le note. Un livre qui a l’air assez poignant.

    PS: j’adore la neige qui tombe sur ton blog!
    Dernier article de Nodrey : Salon du livre jeunesse Montreuil 2012

  10. Theoma dit :

    je garde le souvenir de cette écriture délicate et sensible.

  11. Cat dit :

    Lien noté pour le Dragon 2012, merci !
    Je n’ai encore jamais lu cette romancière mais ses titres ont eu du succès pour ce challenge et on me l’a fortement conseillée.
    Bonne continuation (jusqu’au 9 février) et bon weekend.

  12. Stephie dit :

    J’avais lu toute la saga avec Pimprenelle, à l’époque. On avait adoré ! J’attends que sa dernière saga soit complètement sortie en poche pour m’y mettre. J’ai hâte de retrouver son écriture 😉
    Dernier article de Stephie : Challenge « Un classique par mois »

  13. Malika dit :

    Un gentil petit moment de lecture qui ne m’aura pourtant pas donné envie d’aller plus loin .

  14. zoukplouf dit :

    Ça semble prometteur et aurait le bel avantage, moi qui adore la littérature japonaise, de me faire sortir du triangle Murikami/Mishima/Ogawa. Est-ce que quelqu’un-e sait ici si ces livres sont disponibles en numérique ou si c’est en projet ?

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