La Fée Benninkova – Franz Bartelt


Présentation de l’éditeur :
Il ne fait pas bon perdre sa baguette magique quand on est une fée. Franz Bartelt nous le narre dans ce conte de fées vraiment pas comme les autres. Noir, goguenard, hilare et féroce.

La Fée Benninkova, de Franz Bartelt
Le Dilettante, janvier 2011
160 pages

J’ai acheté ce livre à ma dernière virée au Virgin des Champs Elysées, incapable de résister au commentaire du libraire. Lu en une petite soirée, 160 pages, un conte corrosif moderne.

Ne vous fiez pas à sa couverture délicate toute vêtue de couleurs pastel, car derrière se cache une histoire grinçante et cruelle.
Clinty (pas Clinty Swood, Clinty Dabot) est handicapé et vit seul dans son appartement où il passe son temps à regarder des dessins animés. Un soir, une fée frappe à sa porte, elle a une envie pressante et elle a perdu sa baguette magique. Ils font connaissance, elle s’installe pour la nuit, puis pour quelques jours, le temps de recevoir sa nouvelle baguette par La Poste. Clinty lui raconte sa vie : il est amoureux de Marylène, hôtesse de caisse de son état et fiancée au mec du rayon automobile. C’est sa seule amie, la seule qui fait attention à lui…

Premier F. Bartelt que je lis et je suis agréablement surprise par le style. Il s’amuse avec les mots et manie la langue avec humour et virtuosité. Le fond est cruel, certes, mais on se surprend à sourire des jeux de mots et des dialogues absurdes.
L’auteur met en lumière les bassesses économiques et lubriques de l’âme humaine… Le tout dans un écrin noir, tendre, drôle, complètement déjanté mais absolument savoureux !

A méditer :
« Ne soyez pas candide Clinty. Votre Marylène vous a monté une comédie. Elle vous a mené en bateau. Elle vous a berné. La vérité est là : vous êtes la victime d’une extorsion de fonds ! C’est bien dans les moeurs de la république actuelle.
– Vous faites erreur, madame Benninkova ! Marylène a été très bonne avec moi !
– De nos jours, personne ne serait bon avec personne, si la bonté n’était pas rentable. Etre bon, c’est devenu un métier comme un autre, une manière de gagner sa vie, un business, comme on dit. »

Amusant, effrayant, caustique mais joliment écrit, si vous n’avez pas peur de l’absurde et que vous aimez les mots, allez-y !

Premières pages :
« Quand elle a frappé à ma porte, il n’était pas minuit. J’étais en train de regarder un dessin animé. Je me suis traîné jusqu’au couloir, pas facile avec ma patte folle et mon dos qui se tord. Par l’oeilleton, je l’ai vue. Elle était en larmes, dans sa tenue de pauvre petite créature. Normalement, je n’aurais pas ouvert, j’ai trop peur de tout. Mais, je ne sais pas, la pitié m’est venue d’un coup, comme par miracle. J’ai ouvert. Pas vraiment en grand, parce que qu’il subsistait en moi une sorte de méfiance sécuritaire. Elle avait beau être belle, la beauté n’est pas une garantie contre les mauvaises surprises.
« Vous êtes bien Clinty Dabot, le célèbre handicapé ? » a-t-elle demandé en reniflant ses larmes.
Célèbre, c’était beaucoup dire. Mais peut-être qu’on lui avait parlé de moi. Dans le quartier. Je suis assez connu dans le quartier. Alors j’ai dit oui, que j’étais bien Clinty Dabot, le célèbre handicapé.
« Je peux aller aux toilettes, c’est urgent, merci » a-t-elle dit, avant de me passer devant et de s’enfiler à toute vitesse dans le couloir. Son chagrin était humide et venait de loin, parce qu’en secouant la tête elle en fichait des gouttes partout, pendant que je clopinais derrière elle, comme un damné, après avoir repoussé la porte d’un franc coup de béquille. Elle m’a lancé qu’elle n’en avait pas pour longtemps.
Effectivement, une minute plus tard, je la recevais en pleine face, au milieu de la lumière du salon-salle à manger, une révélation absolue pour moi qui n’ai pas eu souvent l’occasion d’étudier les filles de si près.
 » Ah, Clinty, Clinty, Clinty ! s’est-elle exclamée en essuyant ses joues à l’aide d’un morceau de papier toilette.
– On se connaît ? me suis-je enquis, au cas où.
– Je suis la fée Benninkova. Vous ne me connaissez sans doute pas, car je suis moins réputée en qualité de fée que vous ne l’êtes en tant que handicapé.
– Benninkova ? C’est un nom qui ne me rappelle rien. Mais vous savez, je ne connais pas tout ce qui mérite d’être connu. A cause de ma mémoire. Elle a toujours été très moyenne. Mais Benninkova, ça se retient bien, je trouve. Je suis sûr que je ne l’oublierai jamais. » « 

Franz Bartelt habite les Ardennes. Il écrit toute la journée, depuis qu’il a quitté l’usine en 1985.
Sa notoriété et sa crédibilité littéraire sont bien établies : il est édité dans la Blanche de Gallimard depuis des années, ainsi que par Le Dilettante.
Par ailleurs, il confie volontiers d’autres textes, moins « normés », à de petits éditeurs. Nombre de ses livres sont parus en poche.
Doué pour construire des fictions fortes, souvent noires mais tendres, à l’aide de peu de mots, Bartelt est un des nouvellistes français les plus estimés.
Ses romans ont figuré sur la liste des prix, dont le Goncourt. Il a reçu en 2006 le prix le plus prestigieux qui récompense des nouvelles : le Goncourt de la nouvelle.
(source : Le Dilettante – Photo : ©Myona-Rimoldi-Guichaoua)

Cette lecture s’inscrit dans le challenge Des contes à rendre de La Culture se partage ! (magnifique logo, en passant 😉 )

Et dans le challenge Petit Bac 2013 en catégorie Prénom/Surnom 😉 :

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17 réponses à La Fée Benninkova – Franz Bartelt

  1. Noukette dit :

    Je crois me souvenir que Stéphie l’avait lu, elle avait bien aimé aussi… Je note, on ne sait jamais ! 😉

  2. FaFa dit :

    Il dit bien ce livre ! j’aime les fées rationnelles ! T’as vu t’as fait une chronique bien en deux coups de cuillères à pot ! c’est pas formidable ?!
    Dernier article de FaFa : Coup de Griffe… Noire !

  3. Cat dit :

    Merci pour ton inscription au challenge « Des contes à rendre ! » et pour ce premier article. Je ne connaissais pas du tout cet auteur. Les articles rétroactifs comptent, si tu en as, n’hésite pas ! Bon weekend.

  4. Stephie dit :

    J’avais beaucoup aimé, notamment la fin 😉
    Dernier article de Stephie : Challenge « Un classique par mois »

    • Melo dit :

      Ben justement je me demande si je ne suis pas passée à côté de la fin… Elle ne m’a pas marquée plus que ça :-p

  5. Patricia dit :

    Il a l’air vraiment bien, votre description m’a donné envie de le découvrir, allez zou, je commande !
    Dernier article de Patricia : Rendez vous sur ballon-plaisir-montgolfiere.com : afin d’y dénicher des offres de bapteme en montgolfiéres dans la vallée de la loire.

  6. Mango dit :

    Je ne lis pas souvent de contes avec des fées mais celui-ci me semble original et bien écrit. Je vais le noter, d’autant plus que je je ne connais pas encore l’auteur.

  7. Nodrey dit :

    Et un de plus que tu me donnes envie de lire! En plus tu as utilisé le marque-page <3
    Dernier article de Nodrey : Résultats du concours: Rose et la maison du magicien

  8. Manu dit :

    La couverture m’aurait plutôt fait fuir mais si c’est noir, je ne dis pas non 🙂
    Dernier article de Manu : Swap Nouvel an

  9. Caro lesb dit :

    Un livre qui m’as l’air très intéressant … et c’est dingue de se rendre compte à qu’elle point les apparences sont parfois trompeuses: je n’aurais certainement même pas lu la dernière de couv si j’étais tombé dessus en librairie! Je te remercie donc pour m’avoir fait découvrir ce livre que je vais m’empresser de lire 🙂

    Caro

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