L’atelier des miracles – Valérie Tong Cuong

Présentation de l’éditeur :Prof d’histoire-géo mariée à un politicien narcissique, Mariette est au bout du rouleau. Une provocation de trop et elle craque, envoyant valser un élève dans l’escalier. Mariette a franchi la ligne rouge. Millie, jeune secrétaire intérimaire, vit dans une solitude monacale. Mais un soir, son immeuble brûle. Elle tourne le dos aux flammes se jette dans le vide. Déserteur de l’armée, Monsieur Mike a fait de la rue son foyer. Installé tranquillement sous un porche, il ne s’attendait pas à ce que, ce matin, le « farfadet » et sa bande le passent à tabac. Au moment où Mariette, Millie et Mike heurtent le mur de leur existence, un homme providentiel surgit et leur tend la main – Jean, qui accueille dans son Atelier les âmes cassées, et dont on dit qu’il fait des miracles. Mais peut-on vraiment se reconstruire sans affronter ses fantômes ? Avancer en se mentant et en mentant aux autres ? Ensemble, les locataires de l’Atelier vont devoir accepter leur part d’ombre, tandis que le mystérieux Jean tire les ficelles d’un jeu de plus en plus dangereux.

L’atelier des miracles, de Valérie Tong Cuong
JC Lattès, janvier 2013
266 pages
site de l’auteur

Premier roman de la rentrée littéraire d’hiver que je lis, c’est FaFa qui m’a donné envie en me disant « Haaan, un nouveau Valérie Tong Cuong ! » Un oeil à la quatrième de couverture, ok, vendu. Il faut dire que j’aime les romans où les âmes brisées se côtoient, où il est question de l’existence, sans fards, de reconstruction, et puis cette couverture, ces boutons colorés qui n’attendent que d’être cousus à quelque chose m’ont donné envie d’en savoir plus…
Roman à trois voix.
Il y a Monsieur Mike, SDF, impossible pour moi de ne pas le prendre immédiatement en sympathie. Fort à l’extérieur et un peu en miettes à l’intérieur. Ancien militaire déserteur, gamin ballotté dans l’enfance, mis à la porte par une femme un peu trop soucieuse de la reconnaissance sociale… Son langage est parfois orginal et tout à fait plaisant : « Je m’en tirais donc plutôt pas mal. Le plus dur, c’était d’éviter la gamberge, ça vous éparpille pire qu’une mine antichar. C’est pour ça que je parlais tout le temps. Aux passants, au farfadet, aux vigiles de la supérette, aux maraudeurs, aux habitants de l’immeuble. Ceux-là, ils m’aimaient pas beaucoup, ils se dépêchaient de rentrer et de refermer la porte pour m’oublier le plus vite possible, ils discutaient entre eux à voix basse sur un ton emprunté lorsqu’ils se croisaient dans le hall […] »
Il y a Millie, jeune femme blessée depuis trop longtemps, discrète et solitaire… « Mon dossier administratif se résumait aux courriers de Pôle emploi et à une poignée de contrats d’intérim. Mes souvenirs des dix dernières années, à trois ou quatre cartes postales de mes parents, au dos desquelles étaient invariablement écrit « bons baisers », une formule qui en disait long sur leur manière de m’aimer. »
Puis il y a Mariette (celle qui m’a le plus émue), prof d’histoire-géo, sous le joug d’un mari manipulateur l’humiliant et la déstabilisant sans cesse. Au collège, elle perd pied face aux perfidies des élèves de bonne famille… « La vérité, c’est que ceux-là étaient les plus retors. Ils faisaient leurs coups en douce. Dans notre petit monde ouaté du confort sans effort, le crime se commettait en silence. On ne sortait pas un couteau ni une batte de base-ball, on ne provoquait pas un combat singulier dans un tunnel obscur, on dégainait quelques billets, un accès à un lieu très privé, un stage dans l’entreprise familiale. On faisait pression. On ne tuait pas l’autre, on le poussait à se tuer, on gardait les mains propres. » La nuit, elle fait des rêves de profs… : « La nuit, je rêvais que le car qui les emmenait en sortie glissait sur une flaque d’huile : hop, plus personne. Chômage technique, Mariette ! »

Et puis il y a Jean, qui a créé l’Atelier, lieu de reconstruction, de tous les possibles, lieu de départ des vies nouvelles. Idéal, mais quel est le prix à payer ? Ce roman pose une délicate question sur la solidarité, doit-on mentir pour protéger ceux qui souffrent ? Doit-on expier sa culpabilité dans l’aide à autrui ? Mais ce roman démontre aussi que nous avons souvent besoin d’un autre regard pour affronter nos démons et dépasser nos souffrances, qu’une main tendue, si elle est sincère, peut avoir l’effet salvateur.

A méditer :
« Nous vous écoutons, vous nous écouterez, c’est l’essentiel de la recette. Nous vous apprendrons à vous regarder telle que vous êtes vraiment, et non au travers des yeux des autres, ni des filtres que vous a imposé votre histoire. C’est ce qui nous tue : les filtres. Il faut les cerner et les anéantir. Nous vous apprendrons à aimer vivre chaque instant. Il n’y aura plus de pièces manquantes, de chevilles mal fixées, de tristesse ou de pessimisme, et puis vous savez ? Cela marchera tellement bien qu’il arrivera un jour où ce sera votre tour d’aider les autres à vivre. »

Cependant, je ne suis pas totalement conquise. J’ai trouvé parfois que les enchaînements allaient un peu trop vite, trop facilement. Et puis un tracas ne m’a pas quittée concernant Millie (no spoiler) : pourquoi, oui pourquoi, l’hôpital ou Jean ou la police ou que sais-je ne se sont pas renseignés auprès de ses voisins pour connaître son identité ? Après tout, ce n’est pas comme s’ils ne savaient pas où elle habitait ?

Malgré tout je retiens des portraits d’hommes et de femmes réels et justes, Mariette m’a indubitablement beaucoup émue, et je retiens également quelque philosophie de vie, et c’est déjà pas mal.

 

Coup de coeur chez Clara et Sophielit.

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Valérie Tong Cuong est née en banlieue parisienne. Après une adolescence chaotique, elle étudie la littérature et les sciences politiques. Elle travaille huit ans dans la communication puis lâche tout pour se consacrer à l’écriture (romans, nouvelles, scénarios) et à la musique. (source : site de l’auteur)

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26 réponses à L’atelier des miracles – Valérie Tong Cuong

  1. Céline☼ dit :

    Assez conquise, même si j’ai un peu peur que son dernier ne soit pas à la hauteur de « Big » ou « Où je suis ». Ses thèmes récurrents (les âmes brisées, etc.), ce n’est pas un peu lassant à fin ?

    Il n’empêche que j’aime beaucoup cette auteur dont j’ai déjà lu plusieurs livres et je lirai certainement celui-ci un jour ou l’autre.
    Dernier article de Céline☼ : La mort était son métier…

    • Melo dit :

      Je découvre l’auteur avec ce titre mais je vais aller fouiner les quatrièmes de couv’…
      Les thèmes de ce genre sont souvent en tête des rentrées littéraires en France, c’est vrai.

  2. FaFa dit :

    Bon je vois que je suis pas si mauvaise conseillère que ça.
    Je n’ai pas tout lu de ta chronique, car tu penses bien que je vais le lire. Sinon si tu veux renouveler la chose, je te conseille « Noir dehors » !
    Dernier article de FaFa : Les souliers bruns du Quai Voltaire – Claude Izner

  3. Feflie dit :

    Je ne connaissais pas du tout mais je note, il a l’air pas mal et c’est plutôt différent de ce que j’ai l’habitude de lire alors pourquoi pas ?
    Dernier article de Feflie : Rien que pour la couverture #6

    • Melo dit :

      😉
      Moi je vais aller découvrir les autres titres de l’auteur, dont Noir Dehors qui me tente beaucoup maintenant. (n’est-ce pas FaFa ?)

  4. Nodrey dit :

    Et voilà comme toujours, je viens ici, je lis et découvre un livre que je ne connais pas, et hop avec ton avis j’ai envie de le lire!!!!
    Dernier article de Nodrey : Nos étoiles contraires, John Green

  5. Véro dit :

    Coucou Mélo, je suis de retour sur la blogosphère et contente de voir que ton blog est toujours là ! Ce titre ne me tente pas d’autant plus que tu restes qaund même assez mitigée… mais je sais bien que ce n’est que partie remise avant que tu ne fasses augmenter ma LAL !

  6. clara dit :

    Pour répondre à ta question, elle (Millie) sous loue l’appartement
    Dernier article de clara : Hélène Gestern – La part du feu

    • Melo dit :

      Heiiiin, d’accord, donc pas d’adresse…. Tout s’explique ! Merci Clara !
      Oui mais non ça ne va toujours pas ! Elle a quand même été retrouvée au bas de son immeuble… Donc ils auraient pu interroger les badauds… (?)

  7. Noukette dit :

    Point d’interrogation pour ce titre pour l’instant… Je ne connais pas l’auteure mais elle a l’air d’être très appréciée !

  8. titoulematou dit :

    Votre résumé me tente beaucoup malgré votre avis!!!
    Dernier article de titoulematou : L’oiseau de mauvaise augure ( Camila Lackberg)

  9. lucie dit :

    adepte de livres distillant philosophie de vie, je surligne ce livre déjà noté !
    Dernier article de lucie : « 06h41 » de Jean-Philippe Blondel

  10. ulaz dit :

    Bonjour,

    Je découvre ton blog et par la même occasion ce billet… J’ai lu « Noir dehors » de cette auteure et n’avais pas été emballée du tout… Je crois que je vais donc passer mon tour pour celui-ci !
    Dernier article de ulaz : « Cherub » de Robert Muchamore

  11. éléa dit :

    Très jolie chronique (que j’ai lue en diagonale) car je compte bien le lire, mais j’aime bien ce thème d’âmes brisées. Et de plus, j’ai eu un très bon contact avec le 1er livre lu de cette auteure.

  12. Manou dit :

    Je découvre ton blog aujourd’hui même. Juste un petit mot (pas trop en lien avec cet article, je m’en excuse d’avance!) pour te dire que tu as eu une super idée en insérant une mini bio des auteurs à la fin de tes critiques. J’ai voulu aussi faire des bios d’auteurs sur mon blog, mais j’ai un peu laissé tomber, faute de savoir où les caser… alors chapeau pour cette belle idée, c’est vraiment très ingénieux!

    • Melo dit :

      Merci beaucoup Manou pour ton passage et ton commentaire 🙂
      C’est l’élément qui me manquait dans mes billets, après ma lecture je suis toujours curieuse de lire la bio et de voir la photo de l’auteur donc je l’ai intégré 🙂

  13. Sophielit dit :

    Je ne m’étais pas posée la dernière question que tu soulèves concernant Milie… Mais je suis bien contente que toi aussi tu aies, dans l’ensemble, aimé ce roman.
    Dernier article de Sophielit : Bref, ils ont besoin d’un orthophoniste ! Gaëlle Pingault

  14. Ping : Balades Bloguesques « Le Blogojournal d'Elora

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