Stoner, de John Williams

Présentation de l’éditeur :
Fils de paysan, William Stoner débarque à l’université du Missouri en 1910 pour y étudier l’agronomie. Délaissant ses cours de traitements des sols, il découvre les auteurs, la poésie et décide de vouer sa vie à la littérature, quitte à décevoir les siens. Devenu professeur alors que la première guerre mondiale éclate, cet homme solitaire et droit, que rien ne semble diminuer, traversera le siècle et les tumultes de sa vie personnelle avec la confiance de celui qui a depuis longtemps trouvé son refuge : les livres.

Stoner, de John Williams (1965)
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anna Gavalda
Le Dilettante, 2011 – J’ai Lu, 2012

Quand je l’ai vu je me suis dit “Ho, un nouveau Gavalda !” Il faut reconnaitre que la couverture est trompeuse quand on le voit comme ça, au détour d’un rayon. Surtout que le choix du visuel a un petit goût d’Ensemble, c’est tout, non ? Je vous rassure, je ne l’ai pas acheté en me trompant, j’ai vu le “traduit par” et puis finalement j’ai été séduite par la quatrième de couverture. Il est étonnant de découvrir que Stoner a été écrit dans les années 60 et qu’il n’avait jusque-là jamais été traduit en français malgré sa qualité. Anna Gavalda l’a fait, et même si je ne suis pas du métier, je pense pouvoir assurer qu’elle l’a  bien fait.
Un roman sur l’amour de la littérature, des années 1910 aux années 1960, avec un professeur d’université pour personnage principal, voilà qui devrait donner envie aux littéraires et personnellement, c’est  A. Gavalda qui m’a encore plus convaincue dès la préface en annonçant que “c’est un roman qui ne s’adresse pas aux gens qui aiment lire, mais aux êtres humains qui ont besoin de lire”. Ca coupe la chique, non ?

C’est la finesse de l’écriture qui m’a frappée en premier et ce talent de conteur propre à l’auteur. C’est un vrai petit délice !  Le récit raconte la vie, de l’enfance à la mort, de William Stoner, gamin promis a un avenir rude de travaux de la terre qui se prend de passion pour la littérature au cours de ses études d’agriculture. Peu voire aucun bagage, des parents quasiment illettrés, c’est une belle leçon de volonté. Il se fera embaucher à l’université et ne la quittera jamais. J’ai été touchée par son histoire, par la vie qu’il a menée avec sa femme, par les relations compliquées qu’ils entretiendront toute leur vie, par la souffrance palpable de sa conjointe. J’ai été sensibilisée à sa vie de père, à la relation qu’il avait commencé à nouer avec sa fille, au tour que prend leurs chemins au fil des années. J’ai été impressionnée par cette révélation pour la littérature, par la voie qu’il a prise alors que tout le destinait à une vie dans les champs.
J’ai été sensible à son choix de se marier si vite et au déroulement de la cérémonie, vrai portrait de l’époque qui veut voir des femmes et des hommes l’alliance au doigt, certainement…
Et j’ai été enchantée par la complexité de la vie qui se fait et se défait, par les relations qui se nouent ou se dénouent, par les portraits très justes des personnages.
Ceci dit, j’ai été frappée par ce manque de rébellion, Stoner se laisse porter par la vie alors qu’il n’est pas vraiment heureux même si on comprend que c’est l’université et la littérature qui le retiennent. Le temps égrène ses secondes et Stoner voit sa vie s’écouler.
Par contre, d’action, de rebondissements, il n’y a pas, le récit est assez monotone et quelques longueurs m’ont rendue impatiente notamment lorsque Stoner fait passer des oraux ou qu’il soutient des thèses : cette littérature m’a beaucoup moins emballée. Plus globalement, j’ai beaucoup plus été portée par la vie de Stoner en dehors de l’université.
Et puis reconnaissons que c’est une histoire plutôt noire, William Stoner n’a pas beaucoup connu le bonheur. La fin, d’ailleurs, a été éprouvante pour mon petit coeur. Tout ce qui touche ce thème (que je ne révèlerai pas) me rend fort triste.

Un roman à la couverture éclatante de blancheur et au contenu beaucoup plus noir, le récit d’une vie ni extraordinaire, ni vraiment heureuse. Une plume magnifique, un récit très bien mené malgré sa monotonie.

P.S : Il est “rigolo” de constater que l’auteur a été professeur de littérature à l’université pendant trente ans…

L’avis de : TheomaAntigoneAlex mot-à-mots

John Williams, né en 1922 au Texas, a enseigné la littérature pendant 30 ans à l’université de Denver. Il est l’auteur de deux recueils de poèmes et quatre romans dont Stoner publié en 1965 et Augustus, National Book Award en 1972. Il est mort en 1994.

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21 réponses à Stoner, de John Williams

  1. FaFa dit :

    Ouhhh tu m’as convaincue ! Je l’avais repéré évidemment mais sur le coup, je n’étais pas emballée et ta chronique va me faire sortir mon porte-monnaie ! Je ne te remercie pas Madame !
    Dernier article de FaFa : L’atelier des miracles – Valérie Tong-Cuong

  2. Estellecalim dit :

    J’ai entendu Anna Gavalda en parler à la radio avant sa sortie et elle était vraiment très enthousiaste, mais depuis, je n’ai pas cédé à la tentation. Peut-être est-ce parce qu’on en entend peu parler. En tout cas, merci pour ton billet qui est le premier que je lis sur ce livre.
    Dernier article de Estellecalim : Une nouvelle semaine…

    • Melo dit :

      Merci pour ton passage Estelle 🙂
      En effet, je ne l’ai pas vu beaucoup sur les blogs et sur les sites littéraires et pourtant quelle jolie plume ! 🙂

  3. Frankie dit :

    Je l’ai lu l’été dernier et j’ai vraiment beaucoup aimé ce récit. J’ai eu un peu peur quand j’ai vu que c’était Gavalda qui avait traduit (j’aime beaucoup Ensemble c’est tout mais pas ses autres livres) mais j’ai vraiment été très touchée par ce roman. C’est une histoire qui vous prend au fur et à mesure de son déroulement car, comme tu dis, il y a peu d’action. En tout cas, je suis ravie qu’il t’ait plu et tu en parles super bien !
    Dernier article de Frankie : C’est lundi ! Que lisez-vous ? (115)

  4. DeL dit :

    Toujours pas lu alors qu’il est dans ma PAL depuis euh…trop longtemps !
    Dernier article de DeL : Anne Percin – Comment (bien) rater ses vacances

  5. Kathel dit :

    Oui, c’est étonnant comme l’histoire paraît morne, et pourtant on se passionne pour le destin de Stoner. La magie de l’écriture…

  6. Agathe dit :

    J’ai adoré ce roman.
    Ton article lui rend un bel hommage!

  7. Cla dit :

    J’ai entendu parler de ce livre lors de sa sortie, et puis j’avais oublié. Je note, il me tente! Bises
    Dernier article de Cla : L’Etrange pouvoir de Finley Jayne -Kady Cross {Steampunk Chronicles 1}

  8. Véro dit :

    Ce qui m’effraie c’est cette idée de lenteur qui semble s’inscrire dans le roman par moment mais, je crois que si je le croise dans un vide-grenier, je tenterai l’aventure !

  9. Theoma dit :

    c’est ce que j’ai aimé justement : il ne se passe pas grand chose, on est cueilli par surprise. Une claque !

  10. titoulematou dit :

    déjà que j’avais envie de le lire, c’est fichu pour ma carte bleue
    Dernier article de titoulematou : j’ai été selectionnée!!!

  11. Nodrey dit :

    Oh tu me tentes énormément là !!!! Merci pour cette découverte.
    Et en effet la couverture fait penser à « Ensemble, c’est tout ».
    Dernier article de Nodrey : L’héritage des Darcer, tome 3 : la relève, Marie Caillet

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