La petite pièce hexagonale – Yôko Ogawa

Présentation de l’éditeur :
Dans les vestiaires d’une piscine, une jeune femme est soudain attirée par une inconnue pourtant banale, effacée et silencieuse. Quelques jours plus tard, elle croise à nouveau l’inconnue qui marche dans la rue accompagnée d’une vieille dame et, fascinée, elle les suit à travers la ville jusqu’à une loge de gardien au milieu d’un parc. A l’intérieur, les deux femmes sont assises sur des chaises, elles semblent attendre leur tour. La plus âgée se lève, entre dans une haute armoire hexagonale : la petite pièce à raconter…
Etrange et obsédante, cette courte histoire fait appel à la poésie et à l’imaginaire pour évoquer les mystères de l’introspection, de la confession et de la psychanalyse.

emoticon_coeurLa petite pièce hexagonale, de Yôko Ogawa
Titre VO : Rokkakulei no Kobeya
Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
Actes Sud, 2004 – Babel (poche), 2007
110 pages

Depuis plus de trois ans j’ai La formule préférée du professeur dans ma Pile à Lire que j’avais acheté avec grand enthousiasme suite à des retours très positifs et finalement je ne l’ai toujours pas lu parce que le temps passant, j’ai pris peur du côté “mathématiques” de ce roman : il faut savoir que les chiffres et les formules ne m’aiment pas et que je ne les aime pas non plus. Pourtant je suis convaincue que le reste me plaira mais à cause des chiffres j’en repousse toujours la lecture. Du coup, pour découvrir l’auteure, j’ai décidé d’y aller soft et de commencer par cette nouvelle dont je ressors véritablement charmée…

Dans les romans japonais, c’est d’abord le style que j’aime, qui dit beaucoup de choses avec des mots justes, précis et simples. Aucune envolée stylistique mais une justesse toute humble que j’apprécie beaucoup. Et ça se vérifie encore une fois dans cette nouvelle de Yôko Ogawa.
Une jeune femme raconte comment, un jour, elle s’est sentie attirée et a suivi une inconnue qui ne dégage pourtant rien de particulier si ce n’est une extrême banalité :
“J’ai beau y réfléchir, je me demande encore par quel miracle je me suis aperçue de son existence. Elle était assise sur le canapé du vestiaire. Son apparence n’était pas particulièrement remarquable, elle ne parlait pas d’une voix forte au point de lasser tout le monde, et ne ressemblait à personne que j’aurais pu connaître. Elle était simplement assise là, silencieuse, tête baissée.”
La femme l’emmène jusque dans une cité semblant abandonnée ; on l’invite alors à entrer dans un appartement qui renferme « une petite pièce à raconter ». Cela lui paraît étrange, voire irréel :
“- Vous n’êtes pas venue pour entrer dans la petite pièce à raconter ? s’exclama-t-il, surpris. J’étais persuadé que vous étiez là pour ça.
La petite pièce à raconter … La situation semblait beaucoup plus complexe que je ne l’avais pensé. Je ne savais pas ce que cela signifiait. J’appuyai sur mes tempes, comme pour essayer de mettre de l’ordre dans l’itinéraire qui m’avait conduite jusque-là. Mais cela ne me servit à rien.
– Ce n’est pas grave, vous savez. Personne ne vient en ayant tout compris dès le début. C’est difficile d’expliquer son utilité, voyez-vous.”

La sobriété commence alors à flirter alors avec l’onirisme et se dégage une atmosphère particulière propre aux récits japonais.
Dans cette pièce ressemblant à une armoire faite de panneaux en bois, les sons ne sortent pas. Lorsqu’on y entre tout est absorbé, l’on est seul avec soi.
Dans une petite salle d’attente les gens attendent leur tour dans un silence quasi solennel :
“ A ce moment-là se retourna un homme aux allures d’étudiant qui, l’air franchement ennuyé, nous dit : “Chut !” Je me tus précipitamment.
Si ça se trouve, ici l’on n’avait peut-être pas le droit de parler. Chacun s’apprêtait à raconter sans réserve. Si d’ici là on laissait échapper des mots inutilement, la petite pièce serait sans doute moins efficace.”
C’est de l’introspection dont nous parle Yôko Ogawa, de la parole libératrice, et on se surprend à se demander ce que nous raconterions dans la même situation.
« – A vrai dire, il n’y a rien dans la petite pièce à raconter, n’est-ce pas ? Alors, qu’est-ce qu’on y fait dedans ?
– On y raconte, bien sûr, répondit-il tout net, sans rien ajouter.
– Ce que l’on aime, ce qu’on déteste, ce que l’on cache au fond de son coeur ou ce que l’on n’arrive pas à cacher, ce qui nous embarrasse, nous réjouit, des histoires du passé ou de l’avenir, la vérité ou n’importe quoi, tout est possible. On dit ce qu’on a envie de dire à ce moment-là. »

Je ne sais trop que vous dire de plus sur ce petit roman/nouvelle si ce n’est que j’ai beaucoup-beaucoup aimé. Je ne sais pas si c’est le style, l’histoire, sûrement les deux, mais cette lecture m’a reposé, m’a fait me sentir bien. Il y a bien entendu des aspects psychanalytiques (comme ce chemin sombre sur lequel elle se perd pour aller jusqu’à la petite pièce) qui pourraient rebuter mais les mots coulent tellement tout seuls que ce fut un vrai plaisir. Il ne me reste plus qu’à continuer à découvrir l’auteure avec notamment La formule préférée du professeur
Mon bémol ira à la couverture : je ne serais peut-être jamais allée vers ce livre si je n’en avais pas lu quelques retours sur les blogs.
Ha et… je veux la même petite pièce à raconter !…

Merci à Adalana pour avoir lancé son challenge Ecrivains Japonais qui me motive à lire des titres que j’avais très envie de découvrir, il me manquait juste un moteur.

 

Un joli billet chez Céline (Le Blog Bleu)

Yôko Ogawa est née à Okayama en 1962. Elle est diplômée de l’Université de Waseda, et vit à Ashiya (Hyogo) avec son mari et son fils. Depuis 1988, elle a publié plus de vingt œuvres de fiction et essais. Son roman « La formule préférée du professeur » (2005) a été adapté pour le cinéma par KOIZUMI Takashi. En 2006, elle écrit avec Masahiko Fujiwara, mathématicien de profession, un dialogue sur l’extraordinaire beauté des nombres. (pour en lire plus sur sa biographie : http://www.lalitteraturejaponaise.com/ogawa-yoko.php)

 

 

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16 réponses à La petite pièce hexagonale – Yôko Ogawa

  1. Véro dit :

    N’étant ni fana des nouvelles, ni de la littérature japonaise, j’avoue avoir quelques réticences…

  2. Nahe dit :

    Je ne peux que t’encourager à lire « La formule préférée du professeur », un petit bijou. J’ai adoré cette découverte où les chiffres prennent finalement peu de place et de manière douce. Je viens de lire « La marche de Mina » pour le challenge et je note ton titre 😉
    Dernier article de Nahe : Rideau ! de Ludovic Zekian

  3. Adalana dit :

    Ton billet me donne très envie de le lire !
    Par contre, la couverture n’a pas du tout l’air de correspondre au contenu…
    Dernier article de Adalana : Erik Larson – Le Diable dans la ville blanche

  4. Kathel dit :

    J’aime tout ce que j’ai lu de Yoko Ogawa jusqu’à présent, et j’aime ce que tu en dis aussi, ça me rappelle cette ambiance très particulière et ces thèmes reconnaissables entre tous !

    • Melo dit :

      J’ai vraiment beaucoup aimé l’ambiance, je découvre petit à petit la littérature japonaise et pour l’instant c’est un presque sans-fautes. (un petit bémol pour Un café maison de Higashino).
      Merci d’être passée, Kathel.

  5. Miss Léo dit :

    Nous avons à peu près le même ressenti. Je te conseille La Formule Préférée du Professeur, qui est un très joli roman !
    Dernier article de Miss Léo : La petite pièce hexagonale – Yôko Ogawa

    • Melo dit :

      Oui 🙂 sauf que ton billet est plus développé et bien mieux écrit 😉
      Tout le monde me le conseille, il va falloir que je le sorte de cette PàL…

  6. Manu dit :

    J’aime beaucoup Yoko Ogawa. N’aie aucune crainte avec « La formule préférée … », tu vas aimer, j’en suis sûre !
    Dernier article de Manu : « La fille du cannibale » de Rosa Montero

    • Melo dit :

      Toi aussi tu t’y mets !
      D’ailleurs il me semble… que je l’ai acheté suite à un de tes commentaires à l’époque sur le forum dont j’ai oublié le nom.

  7. Nodrey dit :

    Malgré ton avis, je pense que je vais passer. Je ne pense pas que ça soit mon genre de livres.
    Dernier article de Nodrey : Lune mauve, tome 1 : la disparue, Marilou Aznar

  8. Lili dit :

    Je te comprends complètement quand tu parles de justesse toute humble à propos de la littérature japonaise ! J’avais déjà noté ce roman chez MissLéo et tu confirmes mon envie de le lire. Pour ma part, je viens de finir « Les tendres plaintes » d’Ogawa pour la challenge d’Adalana, une lecture très poétique aussi 🙂
    Dernier article de Lili : Et rester vivant de Jean-Philippe Blondel

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