Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre

au revoir là hautPrésentation de l’éditeur…
Rescapés du chaos de la Grande Guerre, Albert et Edouard comprennent rapidement que le pays ne veut plus d’eux.
Malheur aux vainqueurs ! La France glorifie ses morts et oublie les survivants.
Albert, employé modeste et timoré, a tout perdu. Edouard, artiste flamboyant devenu une « gueule cassée », est écrasé par son histoire familiale. Désarmés et abandonnés après le carnage, tous deux sont condamnés à l’exclusion. Refusant de céder à l’amertume ou au découragement, ils vont, ensemble, imaginer une arnaque d’une audace inouïe qui mettra le pays tout entier en effervescence… Et élever le sacrilège et le blasphème au rang des beaux-arts.

Bien au delà de la vengeance et de la revanche de deux hommes détruits par une guerre vaine et barbare, ce roman est l’histoire caustique et tragique d un défi à la société, à l’Etat, à la famille, à la morale patriotique, responsables de leur enfer. Dans la France traumatisée de l’après guerre qui compte son million et demi de morts, ces deux survivants du brasier se lancent dans une escroquerie d’envergure nationale d’un cynisme absolu.

Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre
Albin Michel, août 2013, 576 pages

Un nouveau Pierre Lemaitre en pleine rentrée littéraire, je ne pouvais pas le manquer même si je n’ai pas encore lu l’avant-dernier (Sacrifices). L’auteur sort du polar et nous amène dans un roman ayant pour décor l’après-guerre de 14. Je ne pense pas que je l’aurais lu si ça n’avait été Pierre Lemaitre. Vous devez commencer à me connaître, moi les romans qui racontent la guerre en général je les fuis et je m’en passe très bien. En plus de peu m’intéresser, ça me déprime et ça m’assomme. Mais il suffit parfois d’un nom d’auteur pour qu’on revoie ses exigences. On se dit qu’on va faire un effort parce que ce serait bête quand même de passer à côté.
Ce livre a deux faces. La première est romanesque : Pierre Lemaitre a l’art de créer des histoires, il façonne ses personnages avec justesse, il créé des intrigues réalistes et ferre son lecteur grâce au suspense. Ici on rencontre Albert et Edouard sur le champ de bataille quelques jours avant l’armistice, ils réchappent à la boucherie de la grande guerre qui les liera d’un attachement profond et complexe. Avec le peu d’attention que la patrie leur accorde, ils vivront dans la misère jusqu’à ce qu’une idée de truand germe et s’épanouisse. Ces deux personnalités là sont particulièrement bien brossées. J’ai ressenti une affection particulière pour chacun d’eux, Albert le loser qui garde les pieds sur terre sur qui plane l’ombre de sa mère, Edouard le rêveur, l’excentrique sur qui plane l’ombre de son père. Mais les autres personnages ne sont pas en reste : Monsieur Péricourt, riche, exigeant et protecteur, Madeleine portait de femme solide et touchante, Cécile la petite bonne qui rêve une autre vie ou encore Merlin, ce fonctionnaire aigri dont j’ai beaucoup aimé le coup de maître ! Je m’arrête là mais le roman est truffé de figures singulières toutes plus savoureuses les unes que les autres même si je trouve que l’auteur a parfois la main lourde au niveau des caricatures… (mais ça devient un peu une marque de fabrique, non ?). Tout ce petit monde créé une ambiance particulière, on s’y croirait, on aurait envie d’intervenir dans leur vie, bref, l’intrigue et l’atmosphère sont bel et bien là et le roman se transforme peu à peu en une espèce de tragédie digne des plus grands scénarios.
Et puis l’autre face de cet ouvrage c’est qu’il fait prendre conscience d’une facette de ce qu’a été l’après-guerre de 14. Plus d’un million et demi de morts, les soldats revenus vivants -les poilus- laissés pour compte par leur pays -on préfère célébrer les morts plutôt que les vivants-, l’énorme business et les escroqueries qu’ont engendré ces quatre années de bataille avec par exemple des cercueils d’1m30 pour des gars de taille normale. On prend conscience de certaines choses, on a un point de vue nouveau sur ce passé et on lit ce livre comme si on y était.
Alors même si je n’aime pas les romans sur la guerre et même si j’ai trouvé que parfois il y avait un peu trop de répétitions (traits de caractères, rappels de l’intrigue,…),  je suis bien contente d’avoir lu celui-là et je salue monsieur Lemaitre pour cet hommage à ces soldats et à Jean Blanchard fusillé à tort en 1914 qui a fourni le titre du roman. (tiens, ça amène à une réflexion sur la peine de mort ça, non ?…)

Apparté : Les escroqueries ou la figure de D’aulney-Pradelle, m’ont fait un peu penser à ma lecture de Cadres Noirs. J’aime ce côté de l’auteur qui défend les victimes du système (le chômage dans Cadres Noirs, les poilus dans Au revoir là-haut) et qui pointe du doigt le fossé entre les riches qui profitent un peu trop et les plus « faibles ».

A visionner :

Du même auteur sur ce blog : Travail soignéRobe de mariéCadres noirs – Alex

 
Challenge rentrée littéraire 1% (9/6)

This Post Has Been Viewed 52 Times

Vous aimerez peut-être :
Ce contenu a été publié dans France, Historique, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

30 réponses à Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre

  1. clara dit :

    J’ai adoré !
    Dernier article de clara : Meyer Levin – Crime

  2. Didi dit :

    Je me le suis offert et j’avais été scotché par Robe de Marié !
    Il est aimé de lectrices dont j’aime les goûts !
    Bisous bon WE !
    Dernier article de Didi : Dernier chapitre des cahiers de vacances : Le cherche bonheur de Michael Zadoorian

  3. Mango dit :

    J’ai adoré aussi, de même que j’avais beaucoup aimé « Robe de marié ». Difficile d’écrire un billet maintenant après tant d’autres excellents comme le tien. Je vais avoir du mal à être originale. Je suis persuadée que ce roman obtiendra un Prix! C’est du moins ce que je lui souhaite!

    • Melo dit :

      Je suis moi aussi tombée sur de magnifiques billets qui me font paraître le mien bien fade 😉
      Il aura peut-être le Goncourt des lycéens ! 🙂

  4. Cindy dit :

    Intéressant en tout cas comme billet, j’aime bien en savoir davantage sur cette période, je devrais être servie! 🙂
    Dernier article de Cindy : Revue du Web 4 – semaine du 23/9

  5. zazy dit :

    J’ai vraiment très apprécié ce livre
    Dernier article de zazy : Editions Elyzad

  6. argali dit :

    Un roman intelligent et écrit dans une langue si belle et si fluide qu’on ne voit pas passer les 500 pages qui le composent.

  7. Leiloona dit :

    (Désolée si c’est un doublon …)

    Voici un long roman que j’ai prévu de commencer aux vacances de la Toussaint, j’ai peur de ne pas pouvoir lui consacrer assez de temps avant ! 😀
    Dernier article de Leiloona : Petites scènes capitales, Sylvie Germain

  8. Midola dit :

    Je pense que c’est le livre de la rentrée qui me fait le plus envie.
    Dernier article de Midola : Versatile Blogger Award

  9. Valérie dit :

    A part Robe de marié, je ne suis pas fan de ses polars mais là, on est bien au dessus. J’ai moi aussi trouvé quelques longueurs mais j’ai pris beaucoup de plaisir à la lire.

  10. Stephie dit :

    Un superbe roman en effet !!
    Dernier article de Stephie : Après l’amour d’Agnès Vannouvong

  11. Manu dit :

    Moi le sujet m’intéresse beaucoup, c’est plutôt l’auteur qui me fait fuir.
    Dernier article de Manu : « Enthéos » de Julie Gravel-Richard

  12. Jostein dit :

    J’avais vraiment beaucoup aimé Robe de marié et celui-i me semble être un incontournable de la rentrée. Je l’ai réservé à la bibliothèque.
    Dernier article de Jostein : Ratburger – David Walliams

  13. Moi dit :

    Wouahou !!! Un livre incroyable !!! Je l’ai lu dans le cadre du Goncourt des Lycéens, et c’était le roman que j’ai lu en premier… Je n’arrive pas à lire les autres, parce qu’aucun ne vaut Au revoir là-haut ! :p

  14. Nodrey dit :

    Je pense que je vais passer pour celui-là!
    Je n’avais pas été emballé par « Cadres Noirs » mais il faudra que je retente l’expérience avec cet auteur, mais pas celui-ci.
    Dernier article de Nodrey : Lamb, Bonnie Nadzam

  15. Sita dit :

    Pour l’instant, je n’ai lu que « Robe de marié » de lui, que j’ai adoré. Il faudrait que je continue la découverte, et j’avoue que tu m’as bien convaincu avec celui-là.
    Décidément, entre le Paolo Giordano et maintenant Lemaître, tu vas me faire lire pas mal de livres de guerre alors que moi aussi, je suis plutôt à les fuir :p
    Dernier article de Sita : Pardonne-lui de Jodi Picoult

    • Melo dit :

      héhé, ces auteurs qui arrivent à nous faire lire ce qu’on n’aime pas…
      Attention je lui reproche quand même quelques longueurs et répétitions mais bon dans l’ensemble c’est un bon roman !

  16. Lybertaire dit :

    J’ai aussi adoré !! Je ne cesse de le recommander autour de moi !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge

Les liens des commentaires peuvent être libérés des nofollow.