Sidaction : On n’est pas sérieux quand on a 17 ans…

on nest pas serieux quand on a 17 ans livre de poche« Je prends le mot en plein ventre : séropositif… Mais il me l’aurait forcément dit ! Il n’aurait pas risqué de me contaminer ! Je tremble. J’ai envie de rire et de pleurer. Séropositif, ça veut dire Sida ? Il m’avait dit : « maintenant, nous deux, c’est à la vie à la mort. » J’avais dis-sept ans. J’ai cru à une déclaration d’amour. C’était une phrase de mort.
Elle m’est restée plantée dans le coeur. »

On n’est pas sérieux quand on a 17 ans, de Barbara Samson

A l’occasion du Sidaction ces 4,5 et 6 avril 2014.

Barbara Samson est un peu une icône du Sidaction. Elle en a ouvert la première soirée télévisée le 7 avril 1994 (cf vidéo ci-dessous). Aujourd’hui peu d’information circule à son sujet, elle a 39 ans et a quitté la scène médiatique au début des années 2000. En 1996 elle publie son histoire chez Robert Laffont (Fixot) avec Marie-Thérèse Cuny.

‡T

Je devais avoir 15 ans quand je l’ai lu, l’année de la première publication. J’ai un souvenir vague de mon achat mais j’ai gardé un souvenir très prégnant du texte. J’avais -à deux ans près- l’âge de la Barbara du livre et ses mots ont résonné d’une manière fracassante et familière. J’ai littéralement dévoré ce témoignage, et pleuré, beaucoup. Depuis, quand j’entends parler du sida, je pense à ce livre. (même si pas que)
Il faut préciser que ça ne raconte pas QUE le sida et c’est peut-être pour ça que ce livre fait écho chez de nombreux ados : c’est aussi l’histoire d’une jeune fille de 16 ans en conflit permanent avec le monde. Ses relations avec sa famille, sa mère notamment, sont chaotiques. Elle flirte avec l’anorexie et les tentatives de suicide comme autant d’appels à l’aide. Et c’est -ironie du sort- en maison de repos qu’elle attrape le virus du sida en tombant amoureuse d’un homme de 10 ans son aîné…

Du coup quand je vois qu’en 2014 le sida ou plus généralement les comportements à risques (incluons donc la toxicomanie dont il est aussi question dans cet ouvrage) font encore des ravages, j’ai envie de dire aux ados -ou à leurs parents- de s’acheter ce petit bouquin disponible en poche. S’il ne parlera pas à tous de la même façon il ne peut qu’alerter sur un fléau encore parfois trop négligé.

>> j’apprends (tardivement) sur Wikipedia que Barbara Samson s’est désolidarisée du Sidaction et de son fidèle ruban rouge en créant -avec d’autres- le Ruban Noir, symbole de désaccords… Je ne trouve pas plus de renseignements… Qu’en est-il aujourd’hui ?
Si par le plus grand des hasard vous avez des infos sur le sujet, n’hésitez pas à me laisser un petit mot.

>> Ils en parlent aussi : Calypso, Gwordia,

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Roman

I

On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits – la ville n’est pas loin –
A des parfums de vigne et des parfums de bière…

II

– Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…

III

Le coeur fou robinsonne à travers les romans,
– Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux col effrayant de son père…

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif…
– Sur vos lèvres alors meurent les cavatines…

IV

Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux. – Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
– Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire !…

– Ce soir-là…, – vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade…
– On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.

Arthur Rimbaud (1870) Recueil : Poésies

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13 réponses à Sidaction : On n’est pas sérieux quand on a 17 ans…

  1. Sybille dit :

    J’ai un peu honte mais je ne connais pas l’histoire de cette femme. Tu m’a donné envie de la découvrir ! Moi, sida, ça me fait toujours penser au film Philadelphia avec Tom Hanks.
    Dernier article de Sybille : Crime à l’époque victorienne [14 eme édition]

    • Melo dit :

      Quelle idée d’avoir honte 😉 On ne peut pas tout connaître, tout lire, on a tous des âges différents, des vécus différents. Je parle de ce livre parce que c’est une lecture d’adolescence qui m’a marquée et que j’ai envie de le dire en ce week-end de Sidaction mais c’est le seul livre que j’ai lu sur le sujet alors si on devait tous avoir honte de nos lacunes…. 😉

      Oui Philidalphia, j’ai toujours la musique de Springsteen en tête quand je pense à ce film.

  2. hylyirio dit :

    J’ai déjà lu ce livre à plusieurs reprise, il me fait chaque fois sortir les mouchoirs. cette histoire est émouvante et vaut la peine d’être connue…
    Dernier article de hylyirio : [Horreur] Docteur Sleep, de Stephen King

    • Melo dit :

      oui oui, je valide 🙂 Même si elle est particulièrement dure dans le genre témoignage de dérive adolescente.

  3. Coccinelle dit :

    Je ne connaissais pas ce livre mais c’est un super article, merci pour la découverte et bon dimanche.
    Dernier article de Coccinelle : Mon univers livresque n° 1

    • Melo dit :

      Merci Coccinelle, cet article me tenait à coeur et contente de t’avoir fait découvrir ce livre.
      Bon dimanche à toi aussi.

  4. MyaRosa dit :

    Ma maman me l’a fait lire quand j’étais plus jeune et c’est un témoignage qui m’a beaucoup marquée aussi. Aujourd’hui encore, je m’en souviens très bien. Je n’ai jamais entendu parler du ruban noir…
    Dernier article de MyaRosa : Le Petit Pompier

    • Melo dit :

      Bien, ta maman 😉
      C’est un livre qui marque encore plus, je crois, quand on le lit à peu près au même âge que la Barbara du livre. C’est l’un des rares livres qui m’a fait couler de chaudes larmes.

  5. titoulematou dit :

    un livre à lire sur le sida qui m’a marqué:  » la vie à reculons  » de Gudule; c’est pour ado mais 15 ans après j’y pense encore!
    Dernier article de titoulematou : Parfois on tombe ( Solène Bakowski)

  6. Chapitre Onze dit :

    Je crois que je vais le lire. Quand cette maladie est apparue j’avais 14 ans. Parfois j’y pense en me disant qu’il y a eu un moment où elle n’existait pas. Et il est vrai que de nos jours on a tendance à l’oublier tant elle fait partie de nos vies…
    Dernier article de Chapitre Onze : Kathryn Stockett | La Couleur des Sentiments [Club de Lecture #15]

  7. Sauvage dit :

    Âgée de 19ans, bientôt 20 dans quelques semaines à peine, j’ai retrouvé ce livre dans ma chambre et comme un signe du destin… Je me suis dit que j’allais le lire.
    Je l’avais certainement acheté pour l’école il y a de ça des années, je ne l’avais certainement pas lu, si pas je m’en serais souvenue ! Cette histoire marque.
    Je me remercie d’une certaine façon, non pas d’avoir négligé ce livre auparavant, mais d’avoir tout de même décidé de le conserver dans ma bibliothèque personnelle malgré que je ne l’avais jamais commencé.

    Captivant du début à la fin. Raison pour laquelle j’ai cherché à me documenter sur ce sujet, bien qu’en 2017, le sujet est beaucoup plus ouvert qu’à l’époque. Je ne trouve rien sur ce fameux « Ruban noir » de désaccord, serait-ce pour évoquer son désaccord face à cette maladie ? C’est mon interprétation.
    Est-elle encore en vie actuellement ? Je l’espère en tout cas. Et cet homme, ce fameux Antony dans son livre – peut-être nommé d’une autre façon dans la vie, hors du livre – est-il encore de ce monde ? A-t-il eu l’occasion de lire ce livre, de simplement voir que sa chère et tendre a écrit un bouquin le concernant d’une façon ou d’une autre ? S’en est-il sorti ? Et elle, comment le vit-elle, maintenant ? Des années après, avec la maturité d’une femme et non plus avec les espoirs d’une adolescente ? Telles sont les questions que je me pose à cet instant.

    Tout comme je me demande si mon commentaire sera vu par quelqu’un, constatant que le dernier écrit sur cette page se date à 2014 ! Qui ne tente rien n’a rien comme on dit, tout comme Barbara l’a fait, en écrivant un ouvrage relatant la vie de sa mort intérieure et physique. Si tout le monde se disait « J’ai tant de choses à dire, sur le Sida, ou sur d’autres sujets, que ce soit positif ou négatif, mais qui lira ? Qui daignera s’intéressé ? » Alors plus personne n’écrirait.

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