Moi et toi, de Niccolò Ammaniti

moi et toiMoi et toi, de Niccolò Ammaniti
Robert Laffont, août 2012, 162 pages
4 étoiles

La quatrième de couverture est clairement trop longue, je n’aurais plus rien à raconter sur ce roman qui fait 162 pages en grand format et qui ressemble davantage à une longue nouvelle alors pour une fois je ne la partage pas mais on peut la lire ici.

Lorenzo a quatorze ans et est une personnalité solitaire. Il aime à rester seul, ne recherche jamais la compagnie des autres et ce depuis l’enfance.
« Les choses, une fois qu’on les a pensées, quel besoin y a-t-il de les dire ? »
«« Lorenzo, toi, t’es comme les plantes grasses, tu pousses sans déranger, une goutte d’eau, un peu de lumière, ça te suffit », me disait une vieille nounou de Caserte. »

En primaire ses parents très inquiets par son comportement, du moins sa maman, l’ont emmené voir un pédopsychiatre …
« – Mais c’est là qu’on installe tous ceux qui ont des problèmes ? ai-je demandé au professeur Masburger, tandis qu’il m’indiquait un petit lit matelassé avec un tissu de brocart délavé sur lequel m’allonger.
– Bien sûr. Tous. Comme ça tu pourras mieux parler.
Parfait. J’allais faire semblant d’être un enfant normal à problèmes. Ca serait simple de le berner. Je savais exactement comment les autres pensaient, ce qu’ils aimaient et ce qu’ils désiraient. Et si ce que je savais ne suffisait pas, ce petit lit sur lequel je m’allongeais me transmettrait, comme un corps chaud qui transmet la chaleur à un corps froid, les pensées des enfants qui s’y étaient allongés avant moi.
Et c’est ainsi que je lui racontait un autre Lorenzo. Un Lorenzo qui avait honte de parler avec les autres mais qui voulait être comme les autres. J’adorais faire semblant d’aimer les autres. »
… qui  a diagnostiqué un dysfonctionnement narcissique. « -il dit qu’il a l’égo grandiose. ».
Mais la piste médicale s’arrête (heureusement) là et pour qu’on lui fiche la paix Lorenzo grandit en apprenant à se comporter comme les autres. Il mimétise, contrôle ses colères quand les autres le chahutent, intègre même une équipe de foot en tant que gardien de but.
« […] mes parents n’étaient pas contents. Je devais avoir des amis.
Le foot était un jeu crétin, des gars qui couraient après un ballon, mais c’était ce qui plaisait aux autres. Si j’apprenais ce jeu, l’affaire serait faite. J’aurais des amis. »

Pourtant lorsqu’il intègre le lycée il se rend compte que sa comédie commence à lui peser. Et le pincement au coeur qu’il ressent quand il entend qu’un groupe d’amis organise un séjour au ski est bien réel… C’est sur un coup de tête en rentrant chez lui qu’il profère le mensonge dont il va avoir du mal à se dépêtrer : il annonce à sa mère qu’il est invité à passer une semaine au ski avec des copains. C’est sorti tout seul. Trop tard. Impossible de faire marche arrière. D’autant que sa maman tellement soulagée et tellement heureuse en pleure… Craignant faire du mal à sa mère si la vérité éclatait et se sentant obligé d’aller au bout du mensonge, il décide de passer sa semaine à la cave – avec jeux vidéo, stock de conserves et pile de Stephen King – ni vu ni connu La planque parfaite et la paix royale. Mais ça c’est sans compter sur sa demi-soeur qui cherche aussi à se réfugier quelque part…

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Beaucoup aimé ce petit roman qui traite du rapport aux autres, de la difficulté à communiquer, de la solitude et des attentes parentales… Beaucoup de finesse et d’émotions et que d’intensité dans certains passages comme dans celui de la séance shopping mère-fils avortée à cause de tôle froissée… !
Lorenzo m’a beaucoup touchée dans son rapport au monde (je m’y serais presque reconnue !), les lignes sont empreintes de réalisme et de sensibilité. Il sera aussi question de toxicomanie par le personnage de la demi-soeur et j’ai trouvé très justes les relations entre ces deux-là qui se connaissent à peine et sont tous deux en marge…

Un roman bref – qui en frustrera certains – mais qui dit tant de choses …!  Je conseille.

Hop, un extrait de + … 
« Grand-mère ne bougeait pas, elle s’était endormie.
L’histoire, elle l’avait trouvée nulle.
Je me suis levé mais grand-mère a murmuré : – Et après ?
– Comment ça, et après ?
– Comment ça finit ?
Ben c’était fini. Basta. Moi, cette fin, elle me paraissait bonne. Et puis moi, je détestais les fins. Dans les fins, les choses doivent toujours s’arranger, en bien ou en mal. […]. Ca me fichait en rogne que, après un film, papa et maman discutent toujours de la fin, comme si l’histoire se résumait à ça et que le reste compte pour zéro. »

 

PS : une référence à Kafka page 24 de la version numérique ? 😉

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7 réponses à Moi et toi, de Niccolò Ammaniti

  1. **Fleur** dit :

    Un petit roman oui mais qui marque énormément !

  2. John Alright dit :

    Merci pour ces extraits. Mon fils ayant 15 ans et solitaire… cela me donne envie de le lire.
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  3. Noukette dit :

    Je garde un très bon souvenir de ce roman !
    Dernier article de Noukette : Opium – Laure Garancher / Nguyen Thanh Phong

  4. Kidonkadi dit :

    Bonsoir,

    Un billet utile et intéressant qui donne ma foi envie de découvrir ce livre. Ah, les rapports aux autres quand on a 15 ans, cette soi-disant « normalité » qui rassure…

    Et que faire quand on se sent différent? Soit assumer à 100%, soit se faire violence pour rassurer ses proches. Difficile.

    En tous les cas, j’avoue que votre résumé m’a bien donné envie de me lancer dans la lecture de ce livre. Donc bravo et merci pour ça 😉

    Cordialement.
    Dernier article de Kidonkadi : Qui a dit : La vraie morale se moque de la morale.

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