La Bienfaitrice – Elizabeth von Arnim

la bienfaitrice elizabeth von arnimQuatrième de couv’..
Plus curieuse de philosophie que de mondanités, Anna Escourt est lasse d’être traînée de bals en soirées par Suzy, son encombrante belle-soeur. Fille d’un riche épicier, cupide et arriviste, celle-ci ne lui laisse pas un instant oublier combien elle lui est redevable… La lettre d’un vieil oncle renverse la situation : à vingt-cinq ans, Anna hérite d’un grand domaine en Allemagne, dont les revenus l’autorisent à faire fi des convenances en restant célibataire. Pétrie d’idées modernes, elle se propose d’offrir un toit aux femmes sans ressource de sa nouvelle contrée. Louable philanthropie, dont elle ne tardera pas à éprouver les inconvénients… D’autant qu’un de ses visiteurs les plus assidus est le séduisant Axel von Lohm, jeune aristocrate désargenté. L’oncle Joachim avait-il quelque arrière-pensée ? Elizabeth von Arnim a mis beaucoup d’elle-même dans le personnage d’Anna Escourt, jeune femme indépendante dont ce roman conte les tribulations avec humour et ironie.

La Bienfaitrice, de Elizabeth von Arnim (The Benefactress, 1902) (traduction de l’anglais par Marguerite de Vaudreuil, révisée par Géraldine Barbe) Archipoche, 2013
4,5 étoiles sur 5

Depuis ma découverte d’Avril enchanté l’année dernière je savais que j’allais relire du Arnim. Ma victime fut La Bienfaitrice et bien m’en a pris ! Après cette lecture je sais que j’en lirai encore un autre et mon choix risque de se porter sur Vera
Du délice en pages cette Bienfaitrice. Une galerie de personnages vrais et succulents, du bon sens, un zeste d’humour et d’anti-conformisme, bref le menu idéal pour plusieurs heures de plaisir.
La condition féminine au XIXème siècle en prend pour son grade avec le personnage d’Anna qui souhaite se réaliser seule sans mari dans ses jupons. Les femmes de l’époque sans le sou n’avaient hélas d’autre choix que d’épouser un plus ou moins bon parti mais le destin fut favorable avec Anna : elle qui désespérait de s’émanciper, ne vivant que grâce à l’argent de sa belle-soeur et se devant d’écouter les conseils et inepties des ses pairs lui dictant de se marier au plus vite, hérite d’une propriété et d’un revenu. Mais elle est humaniste dans l’âme, Anna -et bien naïve- ! Elle veut faire de ses nouveaux quartiers un refuge pour femmes seules en difficulté financière. Et elle n’est pas au bout de ses peines…

Elizabeth von ArnimComme dans Avril enchanté la question de l’émancipation de la femme se pose. Le tout dans un écrin d’ironie, de portraits délicieux et -je le répète, pardon- de bon sens.
Ce roman n’est certes pas parfait, la fin m’a d’ailleurs semblé un peu longuette, mais ces heures de délice et ce style tout à fait charmant (oui, charmant) compensent entièrement les petits défauts.
Dois-je préciser que je le conseille ?

(source photo auteur : babelio)

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EXTRAITS :

« – Je n’avais encore jamais vu, observa oncle Joachim en levant les yeux au ciel, une jeune fille avoir à ce point besoin d’être guidée par un homme. Dis-moi, n’as tu jamais aimé ? ajouta-t-il en se tournant soudainement vers elle.
– Si, répondit rapidement Anna.
Puisque oncle Joachim décidait de lui poser des questions directes, elle lui donnerait des réponses aussi directes.
– Mais il est parti épouser quelqu’un d’autre. Je n’avais pas d’argent, et elle était un bon parti. Tu vois, c’était un jeune homme très intelligent.
Et elle se mit à rire, car cela faisait longtemps que son unique expérience dans le cruel monde de l’amour ne provoquait plus en elle autre chose que de l’amusement. » (page 33)

« En même temps qu’il parlait, toutefois, il la critiquait, comparant la paresse de son attitude à la vigilance respectueuse des autres femmes quand il ouvrait la bouche. Il savait que ces femmes – la sienne, celle du pasteur, celles des régisseurs des autres propriétés – appartenaient à une autre classe que la nouvelle maîtresse de Kleinwalde, mais elle aussi n’était qu’une femme. « Habillez une femme comme vous voulez, appelez-la comme vous voudrez, elle ne sera jamais qu’une femme, née pour aider et servir ». Jamais, d’aucune façon elle ne sera l’égale d’un homme aussi intelligent que lui-même. […] Malheureusement, le vieux Joachim, un tel gentleman à tout autre égard, avait placé sa fortune entre les mains de cette faible femme, étendue de manière si déshonorante dans ce fauteuil, jouant avec les objets sur la table, qui ne levait jamais les yeux sur lui et montrait plutôt, aussi incroyable que cela puisse paraître, tous les signes d’un esprit occupé à d’autres soucis. » (page 89)

« Klutz était un jeune homme fort ordinaire et il était arrivé à la prime jeunesse, aussi affamé que ses compagnons. Son père était pasteur, son grand-père avait été pasteur, ses oncles étaient pasteurs et, le destin étant venu cruellement à lui dans les robes sombres de l’Eglise luthérienne, ses bêtises naturelles n’avaient pas eu l’occasion de sortir, se développer puis disparaître. Elles étaient restées tues en son coeur bouillonnant, sans interruption, à son grand inconfort, tandis que le bon pasteur, qui prenait soin de sa personne, lui parlait du « monde à venir ».
« Le monde à venir, pensait Klutz, assoiffé de curiosité, est peut-être très bien mais ce n’est pas le mien. » Il écoutant dans un silence ennuyé ou impressionné, selon l’interprétation qu’on en aura, les exhortations du pasteur qui, évidemment, le traduisait de la façon la plus favorable.
– Notre jeune vicaire pense beaucoup, confiait-il à sa femme. C’est un contemplatif, il réfléchit malgré son jeune âge. C’est un homme de peu de mots.
Ce à quoi sa femme répondait d’un haussement d’épaules sceptique. » (page 275)

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Ils Elles en parlent aussi : KeishaElizaMaureenLe chat du Cheshire – …

La Bienfaitrice a été publié en 1902, écrit par une femme née en 1866, Elizabeth von Arnim, cousine de la romancière Katherine Mansfileld. Son premier roman Elizabeth et son jardin allemand a connu un succès considérable lui apportant de la visibilité dans le monde des lettres et elle publiera 21 autres ouvrages dont Avril enchanté qui a été adapté deux fois au cinéma en 1935 et 1992. Dans sa vie Elizabeth von Arnim a beaucoup voyagé, été le centre d’une vie mondaine et a même connu une liaison avec H.G Wells.Elle s’est éteinte en 1941 et ses romans continuent leur route puisque Avril enchanté a été réédité par 10/18 en 2011 et La Bienfaitrice édité par Archipoche en 2013. (Merci Wikipedia, entre autre).

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6 réponses à La Bienfaitrice – Elizabeth von Arnim

  1. FaFa dit :

    J’ai encore « Avril enchanté » dans ma PaL mais si ça me plait, je garde aussi ce titre sous le coude ! Bonne chronique !

  2. zazy dit :

    C’est drôle, mais je ne me sens pas attirée. Pourtant, je le note, ton enthousiasme titille ma curiosité
    Dernier article de zazy : Christian Maucler – Phil et Sof les PréZados

  3. sandy dit :

    J’ai beaucoup aimé Avril enchanté aussi et je suis ravie de savoir désormais par quel roman je vais continuer ma découverte de cette auteure !
    Dernier article de sandy : Moi après mois : Aout 2014

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