Sauf quand on les aime, Frédérique Martin

Sauf quand on les aime Frédérique MartinQuatrième de couv’…
Ils sont jeunes, et alors ? Quand la jeunesse ne va plus de soi, que l’âge adulte n’est pas donné, la voie est étroite pour quatre copains qui se veulent du bien…
Claire, Juliette et Kader ont un peu plus de vingt ans, et la vie les a déjà malmenés. Dans un contexte peu accueillant, ils se sont adoptés et ont fabriqué ensemble une nouvelle famille. L’arrivée de l’indomptable Tisha et les tourments enflammés de monsieur Bréhel vont tout bousculer. De Toulouse à Tunis, pris entre amour et amitié, ils se frôlent et se heurtent, mais tentent à tout prix de préserver leur tendresse et leur solidarité.
Jusqu’au jour où la violence leur impose la mesure du réel.
Sauf quand on les aime ébauche le portrait d’une jeunesse silencieuse qui peine à se mettre au monde. Une jeunesse meurtrie en quête de liberté et d’avenir, confrontée au défi d’aimer.

Sauf quand on les aime, de Frédérique Martin
Belfond, août 2014, 222 pages
3.5 étoiles sur 5

Les premières lignes sont crues, on se les prend en pleine face :
« -Tu n’es qu’une pute, espèce de macaque, une salope descendue de l’arbre. Et moi je suis le messager de Dieu. File-moi ton 06, file le moi ! »
Et mon coeur était déjà au bord des lèvres lorsque la femme blonde, passagère du train et spectatrice de l’agression, entame un dialogue avec l’agresseur :
 » – Vous comprenez que vous lui faites peur ? Qu’elle est seule devant vous ? 
– Non mais c’est elle qu’a commencé. j’me suis assis pour causer, c’est tout. j’voulais son numéro et comment elle a gueulé, là..
– Vous êtes grand. Et puis vous parlez fort, vous vous énervez. Vous êtes impressionnant, vous vous en rendez compte ?
La femme a un regard direct. Quelque chose le touche, qu’il ne sait pas nommer, qu’il ne reconnaît pas – sa bienveillance. La vague de fureur reflue en lui, recule, s’évanouit. »

Sauf quand on les aime est âpre, cru et assez sombre. La peur domine. L’histoire se déroule à Toulouse autour de quatre jeunes colocataires. Tisha est la dernière arrivée, grande black sanguine qui n’a pas la langue dans sa poche -un peu agaçante, d’ailleurs-. Elle s’installe avec Claire, jeune fille un peu effacée et délicate jouant du violoncelle, Juliette, déjà orpheline qui bosse dans une maison de retraite et Kader intérimaire sur des chantiers par nécessité.
Toute la réalité sociale nous pète au visage. Précarité de ces jeunes qui aimeraient pourtant se construire un autre présent. Violence du quotidien, peu de perspectives d’avenir. Et ça fait mal, ça lacère le coeur et ça étouffe. J’ai souffert en parcourant ces pages en même temps que les personnages. Même le voisin, monsieur Bréhel, s’étrangle dans sa solitude… Et puis il y a l’amour. Pas aussi simple qu’on le voudrait. Kader aime Juliette mais Juliette aime Ethan, beau personnage insaisissable, électron libre avide d’indépendance et de sérénité.
Le roman est divisé en 3 parties, 3 étapes pour nos colocataires. Et si je trouve qu’on s’embourbe dans un marasme trop sombre et citadin pendant les deux premières, j’ai enfin pu respirer – un peu – à la troisième. La plus belle et la plus réussie, à mon sens. Avec des descriptions de la Tunisie et des sensations qui permettent de relâcher le souffle.
Ce qui est sûr c’est que les mots sont justes, même s’ils font mal, que le rythme est soutenu et la langue moderne, citadine, frappe dans toute son honnêteté.
Un titre dur mais non dénué d’espoir, qui saura être apprécié de tous mais qui, je pense, touchera surtout les jeunes qui sauront s’y reconnaître.

Extraits :
« Il ira chercher ailleurs un espace dépeuplé, coupé de tout bruit autre que celui de la croissance des racines dans leur obstination à posséder les sols. Seules l’indifférence implacable des roches, la massivité de l’eau, la pesanteur féroce de la terre, ou encore cette obstination sans état d’âme que la plus insignifiante des herbes engage pour durer, lui éviteront de devenir fou à son tour. Il le sait. »

« Devant monsieur Bréhel, une femme relève ses cheveux, les noue prestement sur sa nuque dans une abondance de mèches désordonnées. Le geste est gracieux, d’une indicible beauté naturelle qui le trouble jusqu’aux larmes. Le parfum d’un gigot saturé d’ail et de thym réveille son appétit, son ventre se met à gronder. Monsieur Bréhel s’arrête, pose son panier à ses pieds, s’adosse au mur de l’immeuble, le visage offert au soleil, les yeux clos. Il pourrait pleurer, là, tout de suite, tellement on est heureux parfois, sans raison, comme on prend un coup. »

« Le chat progresse avec précaution dans l’herbe détrempée. Un pas et il suspend sa patte, s’immobilise à la recherche de l’endroit le plus sec où le poser. Son port de tête arrogant donne l’impression qu’il méprise son environnement. Mais il est trahi par le frémissement de ses larges oreilles offusquées par les gouttes. Il finit par s’asseoir, insensible au sol qui trempe son pelage gris, sa queue épaisse et ses coussinets. Il entreprend une toilette minutieuse sous les grondements de l’orage, s’aidant de la pluie pour humecter son poil encore fourni malgré l’avancée du printemps. Juliette se demande si le chat s’inquiète de la grisaille, s’il craint de ne jamais revoir le soleil, ou s’il prend les choses comme elles viennent, entières et pleines à chaque instant. »

******************************

challenge RL 2014

Je file lire ce que ma complice de lecture, Sophie, en a pensé. 🙂
Ils en parlent aussi : MaeveLeiloonaStephieTitouMargueriteA bride abattue – …
MERCI Dialogues !!
1er titre dans mon challenge Rentrée littéraire 2014.

frédérique martinFrédérique Martin vit près de Toulouse. Prix Prométhée de la nouvelle pour L’Écharde du silence (Le Rocher, 2004), elle a également publié, entre autres livres, un roman pour la jeunesse, un recueil de poésie et, chez Belfond, Le vase où meurt cette verveine(2012).
(source photo auteur : babelio)
Site de l’auteur : http://www.frederiquemartin.fr/

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26 réponses à Sauf quand on les aime, Frédérique Martin

  1. sophie dit :

    dur … mais si beau en même temps.
    ce tandem fut un plaisir (à renouveler?)
    Dernier article de sophie : Sauf quand on les aime – Frédérique Martin

  2. FaFa dit :

    J’aime bien ce genre de roman ! Allez encore un ! Depuis que je relis quelques blogs, je recommence à avoir des envies de bouquins !
    Ça me fait penser aussi au livre d’Olivier Adam que je lis actuellement : les personnages n’ont pas la vie rose et tout est brut, réaliste et dur !

  3. valou dit :

    je confirme, ce roman m’intéresse. Thème sombre, mais je commence à bien renforcer mon armure avec cette rentrée ^^

  4. Merci Mademoiselle Mélo, Sophie et vous toutes et tous qui offrez une place aux livres, à vos coups de cœur et coups de blues.

  5. Laeti dit :

    Je viens de refermer Le vase où meurt cette verveine… tout aussi dur je crois… une merveille, tout en poésie et si réel.
    Dernier article de Laeti : « La blancheur qu’on croyait éternelle » de Virginie Carton

  6. Ping : Blogs « Sauf quand on les aime »

  7. Je crois que je commencerai d’abord avec « Le vase où meurt cette verveine » dont j’ai lu beaucoup de bien!

  8. Marguerite dit :

    Lu d’une traite, un coup de cœur pour moi, des personnages qu’on a du mal à quitter et beaucoup de sensibilité dans l’écriture.
    Dernier article de Marguerite : Sauf quand on les aime – Frédérique Martin

  9. zazy dit :

    J’avais beaucoup apprécié : le vase où meurt cette verveine, alors je ne dis pas non
    Dernier article de zazy : Laura Alcoba – Manèges

    • Melo dit :

      J’aimerais lire Le vase mais je vais attendre un peu, j’ai lu sur facebook une lectrice qui a eu les larmes aux yeux tout le long de sa lecture…

  10. Midola dit :

    Les critiques ont l’air vraiment bonnes et ton billet me donne encore un peu plus envie de le lire !

  11. clara dit :

    j’ai bloqué très vite…
    Dernier article de clara : Marie-Hélène Lafon – Joseph

  12. titoulematou dit :

    Rhoo… Merci d’avoir cité mon blog… je suis touchée!
    Dernier article de titoulematou : Le château des étoiles (Alice Alex)

  13. Marion dit :

    Un titre que j’ai croisé à plusieurs reprises, il va falloir que je le lise !
    Dernier article de Marion : Ceux qui me restent – Damien Marie & Laurent Bonneau

  14. Ping : +21 sur la pile | Carnet de lectures (et autres futilités)

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