Bon rétablissement, de Marie-Sabine Roger

Bon rétablissement Marie Sabine Roger« J’expérimente la vie à l’hôpital. On m’en avait parlé, je constate par moi-même. »

C’est en allant au ciné fin août qu’est passée la bande-annonce de l’adaptation de Bon Rétablissement. *TILT* conversation de moi à moi : « – Ooh mais je connais ! Ah mais ouiiii je VEUX le lire depuis des années ! Oooh il sort au ciné ! Ah mais il FAUT que je le lise AVANT ! » Et c’est ainsi que les enchaînements s’enchaînassent : Partie deux petites semaines sur la côte bretonne (et j’ai eu un soleil de oufti, je ne vous dis que ça, ne me jalousez pas, ce n’est pas le but…. enfin juste un peu.) j’ai eu tout le loisir de lire ces petites 208 pages d’humour et de tendresse. Alors bien sûr, ça ne mange pas de pain, ce n’est pas de la grande littérature dans le sens majestueux et alambiqué du terme mais c’est justement cette simplicité qui colle bien à la réalité qui fait la richesse de ce roman. Jean-Pierre est un retraité bourru veuf et sans enfants qui traîne son cynisme comme d’autres font l’amour (quoi, elle est pas belle la comparaison ?). Un jour il se réveille à l’hôpital très mal en point et apprend qu’il a été repêché dans la Seine (est-ce bien la Seine, je me pose une colle), tuyaux partout, douleurs quotidiennes. Pendant 3 mois il va donc vivre au gré d’un service hospitalier, ses médecins, aides-soignantes, patients, portes ouvertes, tiroirs qui claquent et souvenirs à ressasser. C’est simple, tendre, drôle, plein de vérités, et même si ce n’est pas parfait ça fait tellement de bien… ! Alors du coup, sans en écrire une tonne je n’ai qu’un conseil à vous donner : si vous avez besoin d’une petite lecture chouette et tendre, lisez-le, vraiment 😉 (et venez m’en dire des nouvelles !)

Moment coup de coeur ♥ :
« Et en dessous, la légende : Justin et son papi Jean Piere.
Elle n’a mis qu’un seul r à Pierre. »

Entre les pages :

 » – Mais au final, vous aimez votre boulot ou pas ?
– Je l’aime les jours où je le fais bien et quand j’ai l’impression qu’il sert à quelque chose… Il se tait, perdu dans ses pensées profondes ou le brouillard du sommeil en retard.
On change de sujet, j’aime autant.
Maxime est vraiment un type sympathique et je sais bien que les flics, on les déteste par principe mais qu’on est soulagés qu’ils soient là, si besoin. Pourtant, je me méfie quand même, pour raisons génétiques. On n’est pas élevés par un père militant de gauche sans éprouver une certaine réserve devant les forces de l’ordre. »

« Putain. Le chat.
Ca me revient d’un coup.
Ce foutu gros chat gris aux oreilles dentelées qui s’est installé chez moi, avec sa panoplie de ronrons, de coups de tête sous mon menton et de piétinements obstinés sur mon ventre. Je l’ai récupéré il y a peut-être deux mois, au bas de mon immeuble, maigre comme un clou. Je ne sais pas pourquoi je l’ai laissé me suivre dans l’escalier, celui-là. Peut-être sa façon de me dire Mrrrmaouwww ? Aussitôt dans l’appartement, il s’est jeté sur mes sardines en boîte avec un bel entrain, et puis il a fini mon haricot au mouton, les haricots compris, ce que j’ai trouvé bizarre. Il a fait le tour du propriétaire, d’un air très circonspect. Enfin, il a choisi ma place sur le canapé et il s’est mis à poufigner sur place, tête baissée et regard concentré.
Ca m’a fait réfléchir, je me suis dit que je n’allais pas m’encombrer d’un animal – non, non – j’avais vécu sans ça jusqu’à soixante-sept ans, pas la peine de changer les bonnes habitudes. Je n’avais qu’à le mettre dehors. J’ai joint le geste à l’intention, j’ai ouvert ma porte, et hop !
Le rougnous ne l’entendait pas de cette oreille, il m’a joué la sérénade pendant deux heures, sur le paillasson, d’une voix puissante de tigre. Je suis allé le remettre dans la rue. Il a patienté jusqu’à ce qu’un voisin ouvre la porte de l’immeuble, et il est remonté aussitôt devant chez moi.
Il m’a refait son cinéma. J’ai cédé.
Je l’ai gardé, je l’ai appelé la Guenille. Je nous ai trouvé un air de ressemblance, son côté mal léché, râleur, jamais content. »

« – Je serai ravi de faire sa connaissance ! Il s’appelle comment, Pompon ? pépette ? Mistigri ? – La Guenille. – Ah oui, pas mal ! Moi j’ai appelé mon chien la Crevure. Bon je vous laisse, j’ai du boulot. »

bon retablissement film« La morveuse tapote ses mémoires, des deux index, sur Facebook. C’est sa drogue.
Je me suis ouvert un compte pour voir ce qu’il en est. Il faut être encore jeune ou crever de solitude ou d’ennui pour accepter autant d’amis dont la plupart viennent d’on ne sait où, dont on s’était passé avant d’ouvrir son compte et en compagnie desquels on ne tiendrait même pas dix minutes avant d’être lassés, en temps normal. »

« Mais on ne vit pas sur des non-dits. Les questions jamais abordées et les mots jamais dits jonchent le sol comme des débris de verre. Après quelques années, le moindre pas fait mal. »

« Dix heures du matin, la chieuse est de retour.
C’est devenu une plaie récurrente : tous les jours, elle se pointe à la porte à heures variables et se dandine jusqu’à ma chaise, de son pas de caneton obèse. Une fois effondrée – car elle ne s’assied pas, elle se laisse tomber – elle mâchouille son chewing-gum, la bouche grand ouverte, ce qui me laisse profiter de l’image et du son. Je me montre aussi froid et distant que possible avec elle, et je pense pas me vanter en disant que mon possible, dans ce domaine, n’est pas très loin de l’infini.
Elle n’en a cure la plaie d’Egypte.

Pire, je crois qu’elle m’aime bien. »

« Tiens, ça me revient d’un coup, on m’appelait Pierrot, dans ma famille. Et même, vu mon appétit, j’avais droit à « Pierrot Gourmand ». Je me suis coltiné un prénom de sucette jusqu’à ce que je quitte la maison. Les adultes sont d’une finesse rare, parfois, avec les mômes. »

[en parlant du neurologue] « Mais c’est un déprimé de la vie, cet homme, ça se sent. Il soupire tous les trois mots, laisse flotter des silences au milieu de ses phrases. J’ai toujours peur qu’il ne pique du nez avant de poser le point final. Peut-être que fréquenter tous les jours des fêlés de la cafetière, ça finit, à la longue, par ébrécher l’émail. Il n’a plus l’air très étanche, en tous cas. »

« Je résiste à l’envie de lui mettre une claque, ça nuirait aux négociations. »

« Ici on n’a pas une fracture ou une maladie, on est fracture ou maladie.  Moi, je suis le «bassin de la chambre 28» Je n’ose imaginer l’humiliation quotidienne, si j’étais hospitalisé pour une orchite ou des hémorroïdes. »

D’autres en parlent aussi : AifelleBrizeKeisha – …

Bon rétablissement, de Marie-Sabine Roger
éditions Le Rouergue, coll La Brune
208 pages, mars 2012
4,5 étoiles sur 5

Présentation de l’éditeur : « Depuis que je suis là, le monde entier me souhaite bon rétablissement, par téléphone, mail, courrier, personnes interposées. Par pigeons voyageurs, ça ne saurait tarder. Bon rétablissement. Quelle formule à la con ! » « Veuf, sans enfants ni chien », Jean-Pierre est un vieil ours bourru et solitaire, à la retraite depuis sept ans. Suite à un accident bien étrange, le voilà immobilisé pendant des semaines à l’hôpital. Il ne pouvait pas imaginer pire. Et pourtant, depuis son lit, il va faire des rencontres inattendues qui bousculeront son égoïsme… Avec sa verve habituelle et son humanisme, Marie-Sabine Roger nous offre une nouvelle fois une galerie de portraits hauts en couleur. C’est un tableau doux-amer qu’elle peint de l’hôpital, avec l’humour et le sens de la formule qui la caractérisent, et qui ont fait le succès de ses deux précédents romans, La tête en friche et Vivement l’avenir. »

Bon rétablissement

Marie-Sabine-RogerNée à Bordeaux en 1957, elle commença à écrire à partir de sa 4ème. Marie-Sabine Roger a été institutrice en maternelle pendant dix ans, avant de se consacrer entièrement à l’écriture. Son talent est aussi appréciable dans la littérature jeunesse (albums, romans) où elle a publié une centaine de livres, souvent primés que dans la littérature adulte. Elle rencontre régulièrement enfants, adolescents et adultes dans les primaires, collèges, bibliothèques et IUFM. Elle maîtrise aussi bien l’humour que la gravité et aime confronter les genres et les registres. Elle obtient le Prix Inter-CE 2009 et le Prix CEZAM 2009 pour « La tête en friche » (éditions du Rouergue). Son roman « Bon rétablissement », prix des lecteurs de l’Express 2012, a été adapté au cinéma en 2013 par Jean Becker. (source biographie + photo auteur : babelio.com)

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11 réponses à Bon rétablissement, de Marie-Sabine Roger

  1. camiglia dit :

    j ai hésité à aller voir cette comédie au cine . Toujours peur du comique français et l’acteur … que dire.. il a l’air bien dans son rôle mais bon .. Peut être vais je me laisser tenter par le livre qui m’a l’air vraiment bien .. mieux que le film ?
    Dernier article de camiglia : Les E Cigarettes aident les fumeurs à arrêter de fumer

  2. titoulematou dit :

    Marie sabine roger… c’est toujours des bons moments!:!::::!!!!!!!!!!!!!!!!!!

  3. Emma dit :

    Je passe toujours un bon moment avec ses livres, ils sont même trop courts. La bande annonce du film est pas mal !
    Dernier article de Emma : De retour….

  4. keisha dit :

    Ah c’était mon premier MS Roger, un bon moment de lecture, j’en lirais bien un autre. En revanche, pas prévu de voir le film. Tu l’as vu?
    Je m’amuse en relisant le passage sur le chat, mais oui, il y en a plein comme ça.
    Dernier article de keisha : Le Best-seller de la rentrée littéraire

    • Melo dit :

      Mon premier MS Roger également, hélas pas encore vu le film mais je ne désespère pas 😉 Aah ces passages sont top ! Je me réjouis de lire 36 chandelles qui me tente beaucoup !

  5. Ping : Trente-six chandelles, de Marie-Sabine Roger | Carnet de lectures (et autres futilités)

  6. Nous sommes exactement du même avis 🙂

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