L’arabe du futur, Riad Sattouf

L'arabe du futur

Je comprends désormais la récompense du Fauve d’Or du Festival d’Angoulême 2015 : ça ne m’arrive pas tous les quatre matins mais voilà un immense coup de coeur BDèsque.
Dans ce premier tome -il y en aura 3 en tout, vivement le deuxième pour mai-juin- Riad Sattouf raconte les premières années de sa vie qu’il a passées entre la Libye, la Syrie et la France de 1978 à 1984. Son père était syrien, sa mère est bretonne, ils se sont rencontrés en France à la Sorbonne dans les années 70. Puis peu après la naissance de Riad en 1978, son père qui avait demandé un poste en Libye, l’a obtenu.

IMG_9997en route pour la Lybie © Riad Sattouf/Allary éditions

On découvre La Libye, son général Khadafi, son régime communiste, et ses chantiers déserts en même temps que le petit Riad. Son père dessine des Mercédès aux roues carrées et Riad des bonhommes que les adultes prennent pour le président Pompidou. Les habitations n’ont pas de clefs et la nourriture est à aller chercher dans une coopérative.
Puis après la promulgation d’une nouvelle loi obligeant les gens à échanger leurs emplois bref retour en France pour Riad et ses parents. Changement total de culture auquel l’enfant va se confronter notamment à l’école dans des pages absolument succulentes.

Arabe Futur #1 p56 57dans la cour de récré française © Riad Sattouf/Allary éditions

Puis Abdel Razak, père de Riad, emmène alors sa famille dans son pays natal, la Syrie, dirigée par Hafez Al-Assad, où Riad va vivre aux côtés de ses cousins et autres tontons : les enfants jouant à la guerre, les croyances religieuses prégnantes, il faut s’adapter à ce nouveau mode de vie, ce qui ne va pas être simple pour Riad.  Les pages consacrées à la Syrie sont les plus éprouvantes pour l’enfant comme pour le lecteur. J’ai entre autre en tête la scène du chien et de la fourche où la mère de Riad semble aussi désemparée que son fils.

« Ma grand-mère souriait en permanence. Elle avait de tout petits yeux perçants et très clairs. Elle scrutait toute chose très attentivement. Dès qu’elle se savait observée, elle regardait dans le vague. »
L'Arabe du Futur  Page 77 © Riad Sattouf/Allary éditions
L'Arabe du Futur #1 - Page 94© Riad Sattouf/Allary éditions

Voilà une excellente bande dessinée, qui, même si elle peut sembler trop subjective car autobiographique a pour elle le point fort de cette « voix off » contextualisant de façon objective l’histoire et le mode de vie en Libye et en Syrie.
Elle est aussi pleine d’humour et de tendresse pour tous ces personnages tiraillés entre les régimes politiques ou religieux, notamment le personnage du père qu’on sent ambivalent, parfois désorienté, parfois autoritaire, parfois triste et en proie à des croyances ancestrales, comme s’il avait à choisir entre ces civilisations opposées. Le personnage de la mère (rappelons l’époque : 1978-1984) apparaît assez effacé et suiveur quoiqu’on sente parfois poindre une révolte étouffée. Et quelque chose me dit qu’on va la voir plus active dans le deuxième et/ou le troisième tome. (en fait je l’ai entendu dans une interview).

Une BD remarquable, drôle et instructive à la fois. Toute personnelle et historique en même temps. Cette trilogie aura une place de choix dans ma bibliothèque, c’est sûr. A lire absolument 🙂

L'Arabe du Futur #1 - Page 158© Riad Sattouf/Allary éditions
IMG_9995Vous ai-je dit que j’aimais prendre mes livres en photo ? (ça se soigne ?)

logo-BD-de-la-semaine

L’arabe du futur, de Riad Sattouf (2014)
Allary éditions, 158 pages

Pour aller + loin : 
>> Interview sur Culturebox
>> Interview sur Bibliobs

This Post Has Been Viewed 1,926 Times

Vous aimerez peut-être :
Ce contenu a été publié dans Bandes-Dessinées, France, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

14 réponses à L’arabe du futur, Riad Sattouf

  1. Julie Dionaea dit :

    J’ai moi aussi beaucoup aimé cette bande dessinée et je la conseille vivement à tous ceux qui ne l’auraient pas encore lu !

  2. Je ne connais pas cette BD, mais les critiques semblent très élogieuses. Une visite chez mon libraire devient un impératif.

  3. Eva dit :

    j’ai lu beaucoup d’avis mitigés sur cette BD, mais j’aime beaucoup Riad Sattouf, et le thème m’intéresse vraiment…ton billet me conforte dans mon envie de la lire!
    Dernier article de Eva : 7 Femmes – Lydie Salvayre

    • Melo dit :

      Ah oui ? Je n’ ai pas vu d’ avis mitigés, à croire que j’ ai le clic sélectif 😉 Mais je suis curieuse, je vais essayer d’en trouver. Je te la conseille en tout cas !

  4. zazy dit :

    Je vais la lire bientôt !
    Dernier article de zazy : Transgénique ?

  5. Moka dit :

    Il faudrait que je la lise. Elle est sur ma PAL.
    Dernier article de Moka : Nora – Léa Mazé

  6. Maeve dit :

    La meilleure BD du siècle : un prix largement mérité, effectivement !
    Je l’ai lue, toujours pas chroniquée (mais je ne suis pas fortiche pour chroniquer les BD ). Je l’ai offerte. Bref, oui, vivement la suite !! 😉

    • Melo dit :

      Moi je l’ai prêtée 😉 (et je ne suis pas douée non plus – que ce soit pour les BDs ou les romans d’ailleurs)

  7. laurielit dit :

    effectivement, tu le dis bien, des scènes éprouvantes pour Riad et le lecteur et exactement celle du chien et de la fourche, horrible…après moi perso je n’ai pas du tout ri….et tu n’es pas la seule à relever l’humour pourtant. Je crois que j’étais trop obnibulée par les parents, exaspérants selon moi…

    • Melo dit :

      Je ne dis pas que j’ai ri mais je pense qu’on peut dire sans exagérer que l’humour (ou bien la légèreté) est bien présent(e). Et je te rejoins entièrement sur le côté exaspérant des parents et c’est assez remarquable justement que Riad Sattouf ait réussi à prendre ce recul nécessaire à l’écriture. Après j’ai vraiment aimé le côté documentaire autobiographique et j’ai hâte de me procurer la suite 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

CommentLuv badge

Les liens des commentaires peuvent être libérés des nofollow.