La silencieuse

la silencieuse_ariane schréder« Je n’ai jamais été très douée avec les mots. Ceux qu’il faut prononcer, échanger. Les miens restent bloqués à l’intérieur, encombrés au moment de sortir, disparus. Ils me reviennent quand il n’y a plus personne pour les recevoir. »

A 32 ans Clara façonne des sculptures de fer et de papier et se fait quitter par son compagnon, Barnabé, avec qui elle montait des spectacles de marionnettes. Il lui reproche son vide et ses silences.

Esseulée, fuyant la vie parisienne qui lui fait plus de mal qu’autre chose, elle part s’installer dans un village de campagne dans une vieille et grande maison entourée de verdure pour un an peut-être, se dit-elle. Elle a la (mal)chance de pouvoir vivre de rentes d’appartements et peut se consacrer entièrement au silence de ses sculptures.

« Quand j’ai compris qu’il ne reviendrait plus le soir, qu’il n’y avait rien ni personne à attendre au bout des journées de travail, j’ai tenté encore de sortir dans la rue. Mais c’était comme si elle me refoulait. La vie des autres me faisait mal. Leur indifférence était désormais devenue tranchante. Les lumières me brûlaient les yeux. Je marchais en aveugle et on me bousculait. Je suis sortie de moins en moins. Terrée dans mon atelier, avec mes sculptures soudain trop nombreuses, dressées comme autant de reproches. »

Son voisin, Omar, la pharmacienne, Ameline, le promeneur surnommé « l’Adorateur », ou le vétérinaire, dr Aubier sont autant de compagnies bienfaisantes pour la jeune femme que la nature elle-même même si parfois la solitude la rattrape.

« Thierry dit que la voisine fait des enfants pour toucher plus d’allocations familiales. J’ai du mal à le croire. Ici, chacun remplit le vide autour de soi comme il peut. »

« Il y a un vers de Paul Valéry que j’aime :
Chaque atome de silence/ Est la chance d’un fruit mûr !
Je me le répète souvent. Il me semble qu’il autorise mon silence.

Puis Plume débarque dans sa vie. Le chaton est une joie immense pour Clara. Les passages les concernant sont autant de situations vécues avec la mienne…

Il se dégage de ce roman une bienveillance et une sensibilité assez incroyables. Un désespoir aussi, une solitude qui serre le coeur, réaliste… Comment font certains auteurs pour aussi bien dire la vie ?
Une dernière page tournée les yeux brûlants et le coeur plein.
Je recommande, et, puisque comme Clara je ne suis pas très douée avec les mots je vous ai laissé quelques petites citations qui vous donneront peut-être envie d’ouvrir cette petite pépite… ;-p Premier roman publié d’Ariane Schréder, en plus, qui a reçu le prix Folire 2014, René Fallet 2014 et le Grand prix national Lions de littérature 2014.

« Je n’ai pas la prétention d’être une grande artiste. Ni d’être un jour reconnue. Je ne vois pas comment ajouter au monde tel qu’il est, plein comme un oeuf, encore moins comment introduire du nouveau. Je le peuple simplement à ma manière, pour qu’il me soit habitable. »

La silencieuse, d’Ariane Schréder
éditions Philippe Rey (2013), collection Fugues pour le format poche (2015), 190 pages
5 étoiles

A lire : le billet d’Antigone.

 

Schréder-Ariane-1-©DRUne interview de l’auteure sur le blog Les lectures de Martine.
(source photo auteur)

 

 

 

 

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12 réponses à La silencieuse

  1. George dit :

    Très beau roman que j’avais lu à sa sortie !

  2. keisha dit :

    Ah Plume… Joli roman, vraiment!
    Dernier article de keisha : L’Amérique des écrivains

  3. antigone dit :

    On sent que tu as été touchée. C’est comme tu le dis un roman d’une grande bienveillance, et ça fait du bien à lire.
    Dernier article de antigone : Apprendre à finir, Laurent Mauvignier

  4. noukette dit :

    Je sens que je vais craquer !
    Dernier article de noukette : Une forêt d’arbres creux – Antoine Choplin

  5. Laeti dit :

    Je l’ai justement acheté à sa sortie en poche 🙂
    Dernier article de Laeti : « Quatre murs » de Kéthévane Davrichewy

  6. Yuko dit :

    Un très très beau livre qui mérite d’être davantage connu !

  7. Chapitre Onze dit :

    Plusieurs mots clés (« les yeux brûlants »et le « coeur plein », pour ne citer que ceux-là) dans ta chronique ainsi que les commentaires me poussent à noter ce livre !
    Dernier article de Chapitre Onze : Rebecca – Daphné du Maurier [Club de Lecture #28]

  8. titoulematou dit :

    si si vous êtes douée avec les mots! j’ai envie de le lire moi grâca à votre article!!!!!!!merci
    Dernier article de titoulematou : Les notes de la mousson ( Fanny Saintenoy)

  9. zazy dit :

    Le pris René Fallet se déroule à Moulins et, peut-être plus généralement, dans l’Allier.
    Ce que tu en dis me parle, je pense que je le lirai si je le trouve en bibliothèque
    Dernier article de zazy : Pablo Ramos – Encore cinq minutes Maria

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