Un goût de cannelle et d’espoir

Un goût de cannelle et d'espoir - sarah mccoy

J’ai vu ce titre passer plusieurs fois depuis l’année dernière dans mon internet et il a tout de suite retenu mon attention, notamment pour le goût de cannelle (haha) et je dois dire que de ce côté là je n’ai pas été déçue ! – il est question de PLEIN de pâtisseries allemandes dont on retrouve même les recettes à la fin du roman– Mais rassurez-vous il n’a pas qu’une qualité.

On rencontre les Schmidt en Allemagne en 1944. Boulangers, ils arrivent encore à faire tourner la boutique malgré les restrictions du régime hitlérien notamment grâce à Josef, un soldat SS qui les a pris sous son aile – celui-ci en plus de ressentir un sentiment de culpabilité à leur égard, nourrit pour la jeune Elsie de seize ans l’espoir qu’elle ferait une bonne épouse allemande – . La boutique fume donc encore et les Lebkuchens (petits pains d’épices allemands) régalent le quartier pendant que certains voisins ferment leurs commerces ou disparaissent subitement suite à l’intervention de la Gestapo.

En alternance des chapitres c’est de Reba dont le lecteur fait connaissance… soixante ans plus tard.  Elle doit réaliser un reportage sur les coutumes allemandes de Noël et croise la boulangerie allemande d’Elsie, au Texas.

the baker's daughterTrès vite on rentre dans la réalité de la guerre en Allemagne en 1944 et c’est surtout cet aspect-ci qui m’a séduite car  sous ses airs romanesques ce livre est une formidable peinture de l’époque. Il est question du Lebensborn, cette « association gérée par la SS dont le but était d’accélérer la création et le développement d’une race aryenne parfaitement pure et dominante »  (=> wikipedia).
Hazel, la soeur d’Elsie, y fera naître trois enfants… et c’est sous forme épistolaire, parfois en décalé (les services postaux ne fonctionnant pas de la meilleure façon) que le lecteur rencontrera la grande soeur de l’héroïne.

« Depuis la naissance des jumeaux, je n’ai pu passer que très peu de temps avec Julius. J’espère pouvoir me rattraper maintenant que les bébés sont dans la pouponnière du Lebensborn. Je ne l’avouerai qu’à toi, ma petite soeur, mais je m’inquiète pour eux. Ils sont tous les deux plus petits que Julius à sa naissance. J’espère que ce n’est dû qu’au fait qu’ils ont partagé le même utérus et que bientôt ils deviendront aussi joufflus et en bonne santé que les enfants aryens. Il ne faut pas que l’on pense que j’enfante une progéniture inférieure. Déjà, cela m’a pris trop de temps pour concevoir de nouveau. Ils ne m’ont gardée que parce que je leur ai prouvé que j’étais une bonne fille du Reich. »  (page 29)

un goût de cannelle et d'espoirSarah McCoy évoque également les Jeunesses hitlériennes et c’est dans un des bals de l’organisation qu’Elsie, du haut de ses seize ans, va peu à peu prendre conscience de l’horreur de cette guerre. Elle y rencontrera Tobias, un enfant juif amené là pour chanter pendant les repas SS …
Parallèlement de nos jours, Reba vit avec Riki dont le travail de garde-frontière entre le Mexique et le Texas le tourmente. Il est question d’immigration (ô combien actuel aujourd’hui en Europe et dans le monde), du fait de naître du bon côté de la frontière… Cette façon de mettre en évidence ces deux situations à soixante ans d’écart est particulièrement habile et cela s’imbrique parfaitement bien au côté romanesque.

Pour l’aspect historique et le côté sociétal ce roman est donc de mon point de vue d’une richesse essentielle et vaut la peine d’être lu. Dommage qu’il soit parfois un peu trop bavard et que le style ne soit pas à la hauteur de l’aspect historique. A cause de cela j’ai parfois peiné, je l’avoue, à m’accrocher. Mais cela reste un beau roman qui a en plus dans ses qualités de mêler, outre les époques, plusieurs générations. De 1944 à 2008 j’ai vraiment pris grand plaisir à suivre Elsie, Reba, Tobias, Riki, Jane, Julius, Hazel, Josef ou Mutti. Et je conseille à tout le monde d’aller à leur rencontre… histoire de se rafraîchir la mémoire.


sarah mccoy 1L’auteur :

Fille de militaire, Sarah McCoy a déménagé toute son enfance au gré des affectations de son père. Elle a ainsi vécu en Allemagne, où elle a souvent séjourné depuis. Résidant actuellement à El Paso, au Texas, elle y donne des cours d’écriture à l’université tout en se consacrant à la rédaction de ses romans. Un goût de cannelle et d’espoir est son premier ouvrage publié en France.
(source bio auteur : éditions Les Escales)

Un goût de cannelle et d’espoir  (The Baker’s daughter, 2012), de Sarah McCoy
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anath Riveline
éditions Les Escales, avril 2014
Pocket, 2015, 507 pages

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6 réponses à Un goût de cannelle et d’espoir

  1. Je garde un excellent souvenir de ce roman !!!
    Et c’est vrai que j’y ai appris aussi énormément de choses sur les Lebensborn !

  2. C’est un roman qui me tente beaucoup 🙂

  3. MyaRosa dit :

    Malgré les petits bémols, il me tente vraiment beaucoup.

  4. Camilla dit :

    Un roman que j’aimerais vraiment lire! 🙂

  5. LucileLand dit :

    Le sujet des Lebensborn m’intéresse depuis longtemps, mais je n’ai jamais lu de livre à ce sujet. Ton billet vient de me donner envie de lire ce livre dont je n’avais pas entendu parler, merci !

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